De Boussac à Cluny,

La Dame traverse

les épreuves et le temps

 

 

*

Tissage

 

Objets de luxe et signes ostentatoires de pouvoir, les tapisseries, comme les manuscrits enluminés, les tableaux civils et religieux, l'orfèvrerie ou les bijoux, étaient spécialement commandés et tissés selon des instructions, plus ou moins précises, d'une famille ou d'un riche individu.

Le tissage des tapisseries de La Dame à la licorne « révèle une grande maîtrise technique, exploitant toutes les possibilités d'un art alors en pleine maturité.

Le raffinement du tissage repose en premier lieu sur l'usage d'une large gamme colorée composée d'une trentaine de teintes différentes. La plupart des teintures végétales utilisées sont courantes à la fin du Moyen Âge, comme la garance pour les rouges, la gaude (le « réséda des teinturiers ») pour les jaunes, la guède (ou pastel) pour les bleus.
Mais des tonalités plus rares ont été identifiées, comme le brun violacé obtenu à partir de l’orseille, substance colorante extraite de certains lichens.

L’envers, mieux conservé, donne une idée des couleurs d’origine, notamment pour les verts qui ont bleui sur l’endroit par perte de la composante jaune.

Chaque couleur est déclinée en trois nuances, claire, moyenne et sombre, le licier usant subtilement de leur agencement en dégradés. Par ailleurs, plusieurs teintes peuvent être juxtaposées dans un motif de petites dimensions : c'est le cas des fleurs de pensées où l'on dénombre jusqu'à cinq teintes.

La soie, dont l'emploi est relativement limité (les fils de chaîne et la plupart des fils de trame sont en laine), est généralement beige ou écrue, plus rarement rose. Elle confère un raffinement supplémentaire à quelques détails, comme les mèches de cheveux blonds, ou exalte l'éclat des étoffes de satin clair.

Les multiples possibilités techniques de l'art de la tapisserie ont été employées, notamment les battages, tissages dans la forme, relais décoratifs. Les contours et le modelé ont été exécutés en modulant subtilement la finesse du tissage et les nuances dégradées de couleurs. »
https://www.musee-moyenage.fr/media/documents-pdf/fiches-de-salles/fiche-salle-13-dame-licorne-technique-restauration-fr.pdf

 

 

Antoine Le Viste aurait pu se contenter d'un portrait peint de Mary. Mais la commande d'une tenture de sept pièces installe son désir dans la symbolique du devenir à laquelle sont universellement liés les instruments et les réalisations du filage et du tissage, eux-mêmes assujettis à la lune et à ses phases par le rythme cyclique du rouet. Les Moires ou Parques, divinités lunaires, tissent, nouent ou coupent les fils de nos vies.

Par le tissage de La Dame, Antoine Le Viste a-t-il voulu "se lier" à Mary ? Croisement désiré de la chaîne et de la trame éternellement solidaires. Dans une relation étroite avec la nature animale et végétale à travers la laine, la soie et les teintures, le tissu présente son unité sans rupture, continue la vie, prolonge la relation. Par le toucher, la palpation, Mary est encore vivante sous les doigts. Chacune des tapisseries, trame et chaîne étroitement entrelacées, n'offrait aux regards d'Antoine nulle déchirure mais une surface unie et rassurante. L'accrochage linéaire des sept tapisseries originelles en son appartement ne montrait aucune discontinuité ni rupture, recréant ainsi le lien qui s'était rompu par le départ de Mary. L'histoire reprenait son cours, riche de possibles rêvés. À la fois végétal (par les teintures) et animal (par la laine et la soie), Mary était palpable, pliable en ondes successives, enroulable à souhait, Mary se prêtait, inconsciemment bien sûr, à toutes les manipulations.

« La technologie des textiles par le rouet, le fuseau comme par ses produits, fils et étoffes, est dans son ensemble inductrice de pensées unitaires, de rêveries du continu et de la nécessaire fusion des contraires cosmiques. »
Gilbert Durand, Les structures anthropologiques de l’imagination, p. 372.

Il existe également dans l'art du filage d'abord, par le mouvement même, circulaire du rouet, de la quenouille ; du tissage ensuite, par le rythme de passage (va et vient) alternatif de la navette, une dimension érotique.

 

 

Plusieurs années ont été nécessaires pour le tissage des sept tapisseries initiales de La Dame à la licorne, peut-être tissées en même temps sur plusieurs métiers, ce qui pourrait expliquer des modifications ténues dans les pointes en fer des lances, la silhouette des lapins du même type par exemple.

En une journée, un licier tisse une surface égale à celle d’une main. On compte 1 m2 de tissage par mois pour un seul licier soit environ 12 m2 en 1 an. La surface totale (environ 90 m2, voire plus) des 7 tapisseries initiales de La Dame demande environ 36 000 heures de travail, soit presque trois ans pour cinq liciers.
Ces chiffres sont corroborés par Marie-Catherine Chassain, directrice de production des Ateliers Robert Four à Aubusson, ancienne licière et collègue de travail d’André Arnaud : « Les tapisseries de La Dame à la licorne étant très fines, je pense qu’à l’époque, il fallait entre 350 et 400 heures par m². »

Le temps de tissage dépendait du nombre d’heures de travail par jour et du nombre de jours de travail par an. Du lever du jour à l’arrivée de la nuit, durée variable donc selon les saisons (entre 8 à 9 heures en hiver et 10 à 12 heures en été), soit en moyenne 10 heures par jour pendant 280 jours (en défalquant environ 80 à 85 jours de fêtes, religieuses ou autres).

 

 

Il faut se débarrasser des prétendues « erreurs » de Perréal ou d’un apprenti, une hypothèse paresseuse, s’il en est. Une observation attentive, sans a priori de date ou de thème, permet d’écarter des jugements trop rapides comme « la licorne, moins bien dessinée que sur la pièce précédente 1 », ou « dans la tenture de Cluny, le lion et, surtout, la licorne sont dessinés avec des courbes somptueuses. À l'exception de la pièce du Toucher* où règne un dessin lourd et malhabile jusque dans le visage de la Dame, faiblesse qui dénonce l'intervention d'un collaborateur. 2 »
Ou bien encore « dessin inégal » pour le lion de Pavie, « erreur dans la représentation des armoiries Le Viste », « seul l’avant-train de la licorne est visible, quelque peu disproportionné et maladroitement dessiné d’ailleurs » et pour résumer : « En dépit du soin apporté par le cartonnier à son travail, il n’a pu éviter quelques maladresses. 3 »

1- Francis Salet et Pierre Verlet, La Dame à la Licorne, Braun, 1960.

2- Charles Sterling, La Peinture médiévale à Paris, 1300-1500,Bibliothèque des Arts, t. 2, 1990.
* Il s’agit de la tapisserie Pavie.

3- Élisabeth Taburet-Delahaye, La Dame à la licorne, Rmn, 2007 et The Lady and the unicorn, Rmn, 2018.

Ces « quelques transformations » ou une « certaine simplification » qu’auraient subies certains éléments principaux très visibles au premier plan dans au moins trois des six tapisseries survivantes entre le dessin des maquettes et le tissage final, sont impensables à ce niveau de réalisation artistique par le peintre royal Jean Perréal et de réception par un magistrat très proche des rois Louis XII et François Ier.

Du je-m’en-foutisme généralisé à tous les stades du processus de conception-production de La Dame est inenvisageable. Dans ces zones de perdition, désorienté, l’on pourrait rechercher le secours d’un apprenti inapte, maladroit, distrait ou désinvolte. Mais ce serait désinvolture de notre part à l’encontre de l’artiste, du licier, de leurs aides, du commanditaire et de sa famille. Et de toutes celles et tous ceux qui fréquentent le musée de Cluny.

Avec La Dame, on est avec l’un des plus grands artistes de l’époque. Le dessin de chaque tapisserie lui a demandé des dizaines d’heures de travail et il a très sûrement vérifié le résultat final des cartons puis du tissage.

La Dame est reconnue mondialement comme un chef d’œuvre. On se presse à Cluny et dans d’autres villes pour l’admirer. Pour ne rien dire du commanditaire qui reçoit des tapisseries avec au moins une erreur sur chacune d’elles ! Antoine Le Viste n’aurait certainement pas accepté une tenture avec tant d’erreurs dont ses armoiries à l’envers, surtout vu son prix ! Tout est voulu, accepté, payé !

 

 

Amputations lors de l’accrochage au château

 

Après sa visite à Boussac, Prosper Mérimée demande à Antoine Morin, l'architecte de la commune de Boussac, un plan des salles où les tapisseries de La Dame sont exposées ainsi que les élévations, ce qui est fait le 31 mars 1842. Des calques sont adressés le 29 septembre à Paris où ils sont toujours conservés à la médiathèque du patrimoine sous le n° 0082/023.

 

légende : Esquisses des Tapisseries et Boiseries pour la décoration de la grande salle

 

légende : Esquisses des Tapisseries et Boiseries servant à la décoration de la salle à manger.
Projets de parquet dans cette salle et d’étagement pour dépose de la poutre dans la grande salle.

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/memoire/AP76N00457

ou
https://www.pop.culture.gouv.fr/
puis « Château Boussac Creuse » dans « Rechercher »

 

L’étude attentive de ces relevés, couplée à celle du texte de George Sand et à celle des comptes rendus des deux séances du conseil municipal de Boussac des 7 juillet 1845 et 23 janvier 1846, permet d’imaginer que huit tapisseries pouvaient être accrochées dans les deux salles prises en compte par Antoine Morin, le salon qu’il nomme « la grande salle » et la salle à manger. Les "deux" tapisseries qui ornaient « le petit salon du balcon » avant leur décrochage et leur disparition auraient pu se trouver antérieurement sur le mur ouest de la salle à manger sur lequel Antoine Morin ne signale aucune tapisserie lors de son passage.

 

.

plan coté d'une portion du 1er étage

façade nord

https://www.commune-mairie.fr/photo-satellite/boussac-23031/

Le plan permet de situer exactement dans le plan d’ensemble du château les deux pièces de l'étage où se trouvaient les appartements du sous-préfet et où était tendue précisément, dans un décor ouvragé de boiseries datant du milieu du XVIIIe siècle, sous Louis XV, chaque tapisserie de La Dame à la licorne.

 

boussac%2013

 

boussac%2014

Dans le salon (« la grande salle »), L’Odorat, L’Ouïe et Pavie.

 

https://www.lamontagne.fr/photoSRC/Gw--/50-ans-du-chateau-de-boussac-visite-avec-bernadette-lucien-b_3873136.jpeg
Mme Bernadette et M. Lucien Blondeau,
propriétaires du château de Boussac,
devant l’emplacement de L’Ouïe

 

boussac%2015

Dans la salle à manger, Le Goût. La Vue et Le Toucher/La Tente.

Cette ancienne salle à manger du XVIIIe siècle a été transformée après le passage de l’architecte Morin pour faire la chambre et le bureau du sous-préfet. C'est à ce moment que les trois tapisseries ont été enlevées puis déposées à la mairie. Cette pièce, remise dans son volume initial, est actuellement le « salon gris ».

 

 

Antoine François Isidore MORIN, fils de Pierre Morin, huissier, et de Marie Jeanne Rosalie Amicheau, est né le 4 janvier 1813 à Boussac. Il épouse Marie Bathilde Anne Bonnefoy le 6 mars 1843 à Montluçon (Allier) où il habitera et décèdera (rue des Soupirs) le 2 février 1877 à l'âge de 64 ans. Il a deux frères demeurant à Boussac : Jean Baptiste Hippolyte Morin, huissier, et Jean Baptiste Ambroise Morin, marchand.

https://gw.geneanet.org/manumau?n=morin&oc=&p=antoine+francois+isidore

http://recherche.archives.allier.fr/ark:/84133/a011519373573Yjn1gF/1/1, p 8a.

Son nom apparaît dans les délibérations du conseil municipal de Boussac du 31 mars 1842 au 6 mai 1843 (relevés des tapisseries, divers projets : agrandissement de l’église, ouverture d’une rue reliant le centre ville au château, aplanissement des cours du château, plan de la ville et de la commune). Le 24 mars 1843, il est nommé « l’architecte de la commune ». Il assiste au conseil du 6 mai suivant dont il signe le procès verbal. Alexandre Chambon le remplace dès 1843.
https://archives.creuse.fr/s/15/deliberations/resultats/ p. 7a et 9b-10a.

La famille Morin apparaît très implantée dans la ville de Boussac. La lecture des actes de l’état civil de la ville, de l’an XI (1802) à 1842, permet de rencontrer de nombreux Morin, femmes et hommes, qui sont aubergiste, cafetier, clerc, huissier, marchand, menuisier, militaire retraité et serrurier, notaire, praticien, tanneur.

 

Importance des amputations

 

Tribulations à Boussac même

 

 

Appétit des rats

 

« Il y en avait autrefois à Boussac plusieurs autres, plus belles me dit le maire, mais l’ex-propriétaire du château – il appartient aujourd’hui à la ville – un comte de Carbonnière les découpa pour en couvrir des charrettes et en faire des tapis. On ne sait ce qu’elles sont devenues. Cinq des six tapisseries sont en fort bon état. La sixième est un peu mangée des rats. Toutes auront le même sort si on ne les tire de Boussac. »
Dans cette remarque du maire Vincent Narbonne rapportée par Prosper Mérimée, rien ne permet d’affirmer la présence d’une dame, d’un lion et d’une licorne. Les tapisseries que le comte de Carbonnière découpe pouvaient être d’une autre tenture, complètement différente. Un inventaire dressé au château de Boussac en 1792 signale l’existence de « seize pieces de tappisserie d’hautelice en grand personnaige » sans plus de précisions. Archives départementales de la Creuse, cote 1E 520.

Cf. : Henri de Berranger, « Anciennes tapisseries du château de Boussac », Mémoires de la Société des sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse, t. 24, Guéret, 1929, p. 452-454.

« Mon cher Monsieur, quelle diable d’idée avez-vous eue de m’envoyez dans la Creuse ? C’est assurément le centre de la barbarie. On n’y rencontre que des églises bêtes comme dit notre collègue M. Leprevost. J’envoie à la Commission quelques pages de prose à leur sujet, concluant à ce qu’on les laisse se ruiner sans bruit, et qu’il n’en soit plus question.
Mais je vous demande de l’argent pour vous acheter de belles tapisseries apportées, dit-on, par Zizim à Bourganeuf et transportées à Boussac on ne sait comment. Rien de moins clair que leur origine, mais elles me semblent très curieuses et elles seront mangées des rats avant peu si on ne les ôte de l’infâme taudis qu’elles décorent. »

 

Perte de (deux ?) tapisseries

 

Le texte de George Sand évoquant l’existence de huit tapisseries au château de Boussac permet, me semble-t-il, de voir dans les "deux" tapisseries "surnuméraires" celles qui ont disparu en 1845. Leur nombre n’est pas donné (« les, ces, des ») mais le « petit salon du balcon » ne pourrait pas en recevoir davantage.

Un texte existe pour étayer cette assurance que nous devons avoir dans l’existence de ces tapisseries aujourd’hui disparues. Les rats et les vers n’étaient pas les seuls ennemis des tapisseries du château. Il est temps de relater le jeu destructeur des ciseaux du sous-préfet Léon-Victor Mouzard-Sencier. Laissons la parole au maire, Vincent Narbonne, et au conseil municipal de Boussac lors de la séance extraordinaire du 7 juillet 1845 :

« M. le Maire expose :
Que les tentures de tapisseries qui ornaient le petit salon du balcon du château, propriété de la ville, avaient il y a quelques années été détachées de leurs cadres pour faire place à des réparations intérieures de cet appartement et provisoirement déposées dans un placard ; que ces tapisseries ayant disparu, le bruit se répandit que M. Mouzard-Sencier, ancien Sous-Préfet, les avait emportées avec ses objets mobiliers, au mois d’avril dernier, époque d’une courte apparition par lui faite en cette ville pour les emballer ; que lui Maire lui ayant donné avis de ce bruit, M. Mouzard-Sencier avait renvoyé par le courrier de Gouzon un morceau de tapisserie, sans enveloppe et avec une simple carte à son adresse ; il a été reconnu que ce morceau avait subi des coupures du haut et du bas et sur les côtés ; par suite des souvenirs de plusieurs membres du Conseil et d’après l’enquête faite séance tenante, il a été reconnu que le morceau renvoyé n’était qu’un fragment des tapisseries qui avaient décoré le petit salon du balcon, que toutes les autres parties avaient disparu ; qu’il était plus que probable que les parties manquantes avaient été emportées par M. Mouzard-Sencier.  

Le Conseil ne voulant pas recevoir la partie renvoyée parce qu’elle avait été coupée et que les autres portions n’y étaient pas jointes, a pensé que c’était le cas de déposer provisoirement le morceau renvoyé aux archives de la mairie et de prendre telles mesures que de droit pour la réintégration des autres morceaux indûment soustraits.

Sur quoi le Conseil délibérant :

– attendu qu’il est constant en fait que des tapisseries précieuses ornaient le petit salon du balcon ; que ces tapisseries qui avaient été détachées provisoirement de leurs cadres et déposées dans un placard, en ont été retirées par M. Mouzard-Sencier, sans autorisation ; que d’après son propre aveu, il avait fait un tapis de sol en la coupant de la partie que sur l’avis de M. le Maire, il lui a renvoyé, sans aucune précaution de conservation ; qu’il ne saurait être douteux qu’il a retenu les morceaux qui manquent encore et qu’il retient indûment ;

– attendu qu’aux termes de l’article 1382 du Code Civil par suite duquel tout fait quelconque de l’homme qui cause un dommage oblige celui-ci par lequel il est arrivé à le réparer ;

– est d’avis que c’est le cas d’autoriser M. le Maire de Boussac à poursuivre, par toutes voies de droit et par devant tous les juges compétents, aux frais de la commune s’il y a lieu, M. Mouzard-Sencier, ancien Sous-Préfet de Boussac, aux fins d’obtenir la restitution des morceaux de tapisseries par lui soustraits au préjudice de la ville de Boussac et de le faire condamner en tous dommages et intérêts envers la commune lésée et à tout autre point de droit. »

 

Registre des délibérations du conseil municipal de Boussac
https://archives.creuse.fr/rechercher/archives-numerisees/deliberations?arko_default_6089734ce25a2--ficheFocus=
choisir commune : Boussac, p. 31a-b et 35a-b.

Voir Jean-Philippe Béguin, « Les sous-préfets de Boussac de l'an VIII à 1840 (III) », Mémoires de la Société des sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse, t. 43 (1987), p. 84-89.

 

Mais par un arrêté du 12 janvier 1846 le conseil de préfecture se déclare incompétent en vertu des « dispositions de l’article 75 de la loi du 22 frimaire an 8 portant sur les agents du gouvernement autres que les ministres qui ne peuvent être poursuivis pour des faits relatifs à leurs fonctions, qu’en vertu d’une décision du Conseil d’État ».

Siégeant aussitôt en séance extraordinaire le 23 janvier, le conseil municipal proteste contre cette décision estimant que ce n’est pas en sa qualité d’agent du gouvernement que le sous-préfet a emporté les tapisseries mais en tant que simple particulier. En conséquence l’assemblée est d’avis d’autoriser le maire à se pourvoir, au nom de la commune de Boussac, en Conseil d’État, en réformation de l’arrêté du conseil de préfecture et à continuer l’action engagée.

On n’a pas la suite de l’affaire et on ne sait ce que sont devenus les fragments découpés.

Mais la preuve irréfutable qui démontre que George Sand a bien vu huit tapisseries est désormais sous nos yeux, indéniable : « les tentures de tapisseries qui ornaient le petit salon du balcon du château, […] avaient il y a quelques années été détachées de leurs cadres […] et provisoirement déposées dans un placard ; […] ces tapisseries ayant disparu… » Et « le petit salon du balcon du château » ne peut être que la chambre appelée aujourd’hui « chambre de George Sand » : elle est la seule pièce à posséder un balcon donnant sur la vallée de la Petite Creuse et il n'y a pas de balcon sur la façade côté cour. Et les tapisseries évoquées appartiennent bien, aux yeux de George Sand, à La Dame.

Ces deux réunions extraordinaires du conseil municipal et le pourvoi en Conseil d’État prouvent l’importance que les édiles de Boussac apportaient à ces "deux" tapisseries.

Jean-François Bonnafoux leur restitue leur identité en les intégrant à La Dame à la licorne :

« Une partie des belles tapisseries du château de Boussac, qui ont servi à orner l'appartement de Zizim dans la tour de Bourganeuf, a failli passer entre les mains des infidèles. Cette soustraction a fait scandale dans la localité ; le conseil municipal, prévenu à temps, a fait rentrer une partie des morceaux enlevés, sans que les tribunaux aient eu à se prononcer sur ce vol. Mais l'affaire n'a pas été totalement mise sous le boisseau, et le maire de Boussac se propose, dit-on, de demander des dommages-intérêts, pour certains lambeaux qui ont été impitoyablement coupés et qui n'ont pas été renvoyés.
Nous avons dû signaler ce méfait, afin qu'il ne puisse plus se renouveler et pour que l'on sache bien que nous aurons toujours les yeux ouverts quand il s'agira de la conservation de nos monuments nationaux que nous entourerons toujours de notre sollicitude, et que nous saurons toujours retrouver lorsqu'une main infidèle cherchera à les détourner à son profit.
Cette fois nous avons été prévenu par le conseil municipal de Boussac ; honneur aux citoyens intègres et indépendants qui ont su faire respecter leurs droits et conserver à la ville dont les intérêts leur sont confiés, un de ses plus beaux ornements. »

J-F. Bonnafoux, « Tapisseries de Boussac, volées et réintégrées », Mémoires de la Société des Sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse, tome I, 1847, p. 102. Le mot « infidèles » désigne ici le sous-préfet malhonnête. Est-ce la légende du prince turc Zizim qui appelle inconsciemment ce terme ?

 

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM23000036

Le « petit salon du balcon » est de dimensions modestes et les espaces verticaux possibles sont limités. Deux murs peuvent prétendre à l’accrochage de ces "deux" Trônes : l’un, à gauche en entrant, face à la fenêtre, d’une longueur de 2,60 m ; l’autre, dans l’alcôve où se tient le lit, de 2,30 m.
Les relevés de l’architecte de la commune de Boussac, Antoine Morin, qui indiquent un découpage des quatre côtés des six tapisseries répertoriées, les dimensions des trois boiseries restantes (pour L’Ouïe : 3 m de haut et 2,30 m de large) faites pour encadrer les tapisseries au château de Boussac et les indications fournies par les rapports de la restauration entreprise de juin 2012 à janvier 2013 permettent de concevoir la présence des "deux" tapisseries détruites dans le petit salon au balcon. 
Les "deux" Trônes pouvaient être de dimensions apparentées à celles des trois tapisseries centrales L’OuïeLa Vue et L’Odorat pour la largeur. Ces dimensions possibles renforceraient la symétrie qui organise la succession des sept tapisseries originelles.

Selon moi, ces "deux" tapisseries ont réellement existé pour les raisons suivantes :

 

 

chambre dite de George Sand, photographies de Jean Gourbeix, 1960

https://www.pop.culture.gouv.fr/search/list?mainSearch=%22ch%C3%A2teau%20Boussac%20Creuse%22

 

Restauration

 

Au moment où La Dame et la licorne devient célèbre dans les années 1840, tous les témoignages s'accordent pour déplorer les mauvaises conditions de conservation. Les autorités françaises s'inquiètent déjà de son état de conservation et de la nécessité de la restaurer.

 



 


Après sa visite mi-juillet 1841 à Boussac, dans sa lettre du 18 juillet commencée à Bourges et postée à Blois, Prosper Mérimée rend compte de sa visite à Ludovic Vitet, président de la commission des monuments historiques :

« Toutes auront le même sort si on ne les tire de Boussac. Ne pensez-vous pas qu’il y aurait lieu de les acheter pour la Bibliothèque royale, ou si vous l’aimiez mieux de les faire acheter par la liste civile pour la collection du roi. Je préfèrerais le premier parti. Les gens de Boussac nous demandent de l’argent pour leur château, mais c’est une dérision, il ne vaut pas un sou. S’ils nous vendaient leurs tapisseries, ils feraient une bonne affaire et nous aussi. En attendant que la commission décide, j’ai dit au maire, que s’il voulait faire raccommoder ces tentures à Aubusson on les perdrait et que cela lui coûterait fort cher ; que si elles n’étaient pas si vieilles et si déchirées, le gouvernement pourrait peut-être les lui acheter. »

Les mésaventures de La Dame pouvaient (auraient dû ?) s’arrêter à ce moment-là : les tapisseries auraient quitté Boussac pour être restaurées et les rats seraient restés sur leur faim. Mais, dès ce mois de février 1842, deux objectifs divergents vont s’affronter :
– celui du Ministère et de la Commission des monuments historiques où œuvre Prosper Mérimée qui a jugé sainement la situation des tapisseries et leur devenir prévisible si elles demeurent à Boussac ;
– celui du conseil municipal qui refusera pendant des années d’aliéner à l’État les tapisseries dont il a pourtant reconnu le caractère de chef-d’œuvre, préférant une restauration locale à Aubusson.

La Dame allait cruellement souffrir de cet entêtement.

Le 31 mars 1842, l’architecte de la commune, Antoine Morin, transmet un devis pour la restauration des tapisseries et des deux salles où elles sont accrochées. Le montant s’élève à 3 609,71 francs dont 2 060 francs pour les tapisseries. Le 22 avril, en séance de la Commission des monuments historiques, Prosper Mérimée présente des rapports, dont celui sur les tapisseries de La Dame à la licorne où il annonce le refus de la commune de vendre les tapisseries et sa demande d’une subvention pour leur restauration : il est prévu de faire boucher les trous par la manufacture de Jean Sallandrouze à Aubusson, de les doubler de toile, puis de les tendre sur un châssis qui les isole du mur. La Commission accorde 1 500 francs à la condition qu’une somme de 1 000 francs soit votée par la commune ou accordée par le département.

Le 5 mai 1842, au cours de la séance extraordinaire du conseil municipal, le sous-préfet annonce que La Dame à la licorne est inscrite aux monuments historiques, que 200 francs de fonds départementaux et 1 500 francs de fonds de l’État sont alloués.
Il demande que la commune, qui a promis de s’imposer des sacrifices, tienne maintenant sa promesse et vote à son tour des fonds pour la restauration de la tenture. À l’unanimité, le conseil municipal accorde seulement une somme de 200 francs.

Le conseil a donc toujours en vue non seulement la restauration des tapisseries mais aussi les réparations à effectuer dans les pièces qui les abritent. C’était bien d’ailleurs l’opinion du sous-préfet, dans une lettre du 11 janvier :

« Conformément à votre lettre que en date du 27 décembre 1842, M. le Maire de Boussac et moi, nous nous sommes mis en mesure de faire réparer les tapisseries du château et il doit être écrit dans ce sens à des manufacturiers de Clermont, Montluçon, Aubusson. Les salles comme vous le savez où se trouvent ces tapisserie sont en assez mauvais état ; les plafonds menacent de crouler, il y a des nids à rats en immense quantité. La réparation matérielle des tapisseries ne servirait qu’à peu de chose si on ne détruisait pas les causes de destruction ; en outre, pour réparer les tapisseries, il faudra les détendre et les replacer. D’ici à peu d’années, si l’on veut réparer la salle, il faudra recommencer l’opération. Un devis avait donc été fait pour la complète restauration de ces deux salles. Le devis, celui que vous connaissez, a été approuvé au Ministère et envoyé directement ici : on a donné des fonds pour la première partie de la dépense, en différant le reste ; cependant je crois qu’il serait d’une bonne administration d’exécuter le tout en même temps. »

Ce n’est que le 31 octobre de cette année 1843 qu’est établi le contrat pour le marché de restauration de trois des tapisseries et des deux salles du château :

« Entre le Maire de Boussac, Vincent Narbonne d’une part et les messieurs Pierre Maingonnat et Guillaume Maume, tous les deux fabricants de tapisseries, demeurant séparément en la ville d’Aubusson, d’autre part.  Ont fait les conventions suivantes, en conséquence de la lettre de M. le Préfet du 27 septembre 1842, Messieurs Pierre Maingonnat et Maume s’obligent conjointement et solidairement :

– à réparer convenablement les murs intérieurs du grand salon du château sur lesquels doivent être établies les boiseries encadrant les tapisseries monumentales qui décorent ce salon ;
– de refaire à neuf les boiseries pour être substituées à celles qui encadrent actuellement ces tapisseries, et qui sont entièrement vermoulues et hors de service ;
– à réparer la grosse poutre transversale et de soutènement dudit salon, laquelle poutre est fortement endommagée et menace ruine ;
– de peindre à neuf les nouvelles boiseries pour les mettre en harmonie avec les tapisseries qu’elles encadrent ;
– et enfin de réparer et restaurer convenablement les trois grandes pièces de tenture de tapisserie qui ornent le grand salon, d’en opérer la dépose et le transport à leur manufacture d’Aubusson, et cette restauration terminée, d’en opérer le retour à Boussac et la repose dans les nouveaux cadres qu’ils auront fait confectionner et le tout avec le plus de goût et de soin possible.

Tous ces travaux devront être entièrement confectionnés et parachevés fin de juillet prochain ; ils s’obligent à toutes les garanties dont sont tenus les entrepreneurs de travaux publics ; et [un mot illisible] le présent marché est fait pour et moyennant le prix et somme de dix neuf cents francs sans remises. Laquelle somme sera payée sur les fonds à ce destinés, après l’approbation de monsieur le Préfet et immédiatement après la repose des tapisseries et la réception de tous les travaux ci-dessus prévus, par monsieur l’architecte de la ville et par monsieur le Maire. Ce dernier n’aura à payer aucune somme quelconque pour quelle que somme que ce soit, hors le prix ci-dessus prévu.

Fait à Boussac le trente et un octobre mil huit cent quarante trois, double sous les seings privés des parties : Pierre Maingonnat, Guillaume Maume et Vincent Narbonne. »

Ce document sera annoté et signé à Boussac le 3 juillet 1844 par le sous-préfet, puis à Guéret, le 6 septembre, par le préfet.

Le 14 juillet, en séance extraordinaire du conseil municipal, en l’absence du maire, l’adjoint, Alexandre Maugenest, explique que le devis de M. Morin était inférieur à la réalité, ce qui n’a permis la restauration que de trois tapisseries sur six.

En 1847, dans L’Illustration, George Sand mentionne une restauration à Aubusson :

« J'ignore si quelque indigène s'est donné le soin de découvrir ce que représentent ou ce que signifient ces remarquables travaux ouvragés, longtemps abandonnés aux rats, ternis par les siècles, et que l'on répare maintenant à Aubusson avec succès. »

S’agit-il de cette restauration entreprise par l’atelier de Pierre Maingonnat, dit Paré, « fabricant de tapisseries » rue Saint-Nicolas à Aubusson (qui a 86 ans en 1843), secondé par ses deux fils, Jean, 59 ans, « fabricant de tapisseries » et Jean Joseph, 50 ans, « tapissier » ?

http://genealogie23.fr/Site/releves/Aubusson/Aubusson-M-1813-1822.htm

sur la famille Maingonnat, tapissiers à Aubusson :
file:///C:/Users/HOME/Downloads/tapisseries-etat-des-sources-20160321-doc.pdf

https://www.persee.fr/doc/hista_0992-2059_1990_num_11_1_2403

Cyprien Perathon, Notice sur les manufactures de tapisseries d'Aubusson, de Felletin et de Bellegarde, Chapoulaud, 1862.
http://bibnum.enc.sorbonne.fr/omeka/files/original/2bfab1c85c43e336b910003efb83dbd3.pdf

 

Propositions d’achat

 

Dans ses Esquisses de Boussac, Henri de Lavillatte écrit :

« Antérieurement à 1870, le délégué d’un riche financier était venu offrir des tapisseries une somme de 70 000 francs. Bien que leur valeur fût incontestablement plus considérable, les représentants de Boussac, s’inspirant des besoins de la ville et se disant en outre que leurs magnifiques œuvres d’art pourraient enfin être réparées et entretenues comme elles le méritaient, allaient peut-être accepter les propositions qui leur étaient faites, mais le ministre des Beaux-Arts, dont l’autorisation était indispensable pour la vente de ces pièces, classées monuments historiques, ne donna pas son consentement. » 

On ne trouve cependant pas trace de cette proposition dans les délibérations du conseil municipal de Boussac.
Il est possible que l’auteur, se trompant sur la date, fasse allusion à la demande plus tardive à laquelle fait référence la délibération du 1er mai 1877. Ce jour-là, le maire, Auguste Desfosses-Lagravière, fait lecture d’une lettre du baron de Rothschild qui demandait à la ville de Boussac qu’on expédie les tapisseries de l’hôtel de ville à Paris afin de les faire examiner. Avant d’en devenir acquéreur, il désirait s’assurer si elles étaient susceptibles d’être réparées. « Le conseil municipal, dans l’intérêt de la ville, accepte la proposition de M. de Rothschild et décide après en avoir délibéré que les tapisseries seront expédiées à Paris sans frais pour la municipalité et seront accompagnées par un délégué nommé par le conseil municipal. » M. Piquand, conseiller municipal, est désigné comme délégué.

Face aux intérêts privés, lors de sa réunion du 24 mai 1877, la Commission des monuments historiques à laquelle le musée de Cluny est rattaché depuis sa fondation en 1843, charge officiellement Edmond du Sommerard, directeur du musée, de négocier la cession de La Dame à l’État.

Le 24 février 1882, en séance extraordinaire, le maire, Siméon Aucouturier, informe le conseil que M. Marcel Montel, fabricant de tapisseries à Felletin, espère vendre les tapisseries de Boussac mais que pour cela il demande « à être autorisé à en emporter un panneau contre le dépôt d’une garantie et à retourner ledit panneau dans un délai de quelques jours ». 

Le conseil, à l’unanimité, autorise le maire à confier à M. Montel un des trois panneaux des tapisseries de l’hôtel de ville.
Montel a offert de déposer comme garantie entre les mains du receveur municipal des titres de rente 3 et 5 % représentant ensemble 300 f. de rente au porteur. Cette offre a été acceptée en échange du « panneau dans lequel la princesse tire des bijoux d’un coffret que lui présente une suivante et est sous une tente sur le couronnement de laquelle se trouve l’inscription A mon seul désir ».

C’est le 5 mars 1882, en session extraordinaire autorisée par le sous-préfet, que le conseil municipal de Boussac prend la décision de vendre les tapisseries, de préférence à l’État. Le registre des délibérations rapporte :

« Le maire, Siméon Aucouturier, « propose au conseil d'offrir à M. le Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts d'aliéner lesdites tapisseries au profit de l'État moyennant la somme proposée de 25 000 f.
Et dans le cas où cette proposition ne serait pas acceptée, de demander à M. le Ministre l'autorisation de les vendre aux conditions offertes.
Le conseil municipal, après en avoir délibéré :
– considérant l'impossibilité pour la commune de faire restaurer et de placer lesdites tapisseries et les avantages qu'elle retirerait de leur aliénation, surtout au moment où elle va se trouver dans l'obligation de faire des dépenses énormes pour l'agrandissement du champ de foire et la construction de l'avenue de la gare,
– à l'unanimité, adopte les propositions de M. le Maire. »

 

La Dame de retour à Paris

 

La Dame allait pouvoir retrouver la capitale d’où elle était partie en sa tendre jeunesse.

Le 17 juillet 1882, elle fait son entrée à Cluny dans une salle solennellement inaugurée par Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. C’est dire la haute valeur qui lui est déjà attribuée.  

 

 


Les tapisseries sont sauvées : une restauration est immédiatement effectuée pour la présentation au public.

Cette historique s’appuiera sur l’annexe (restaurations de La Dame à la Licorne) de  l’ouvrage de Fabienne Joubert, La Tapisserie médiévale au musée de Cluny, Paris, 1987 et 3e édition revue et augmentée par l’auteur avec la collaboration de Viviane Huchard, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 2002.

Dès son acquisition par l’État, la tenture est envoyée aux Gobelins pour restauration, en vue de la présentation au public.. En 1883-1884, les parties basses fortement endommagées sont remplacées par des toiles peintes, auxquelles Alfred Darcel, nommé à la tête du musée en 1885, décide, en 1889, de substituer un retissage.

Un premier restaurateur renonce devant la difficulté :

 « Monsieur, une grande difficulté se présente au sujet de la réparation des tapisseries du Musée : c'est de trouver de l'étoffe identique comme ton et comme tissu, je parle surtout de l'encadrement rouge, de ce rouge impossible et que je n'ai pu trouver nulle part, selon votre prédiction, et pourtant on ne peut opérer sans matière première, avec échantillon on peut en faire fabriquer mais on me demande 250 f le mètre carré voyez à quelle dépense cela n'entraînerait-il pas ?

Mettre de la toile dans les trous des tapisseries et y mettre de la couleur serait affreux et cela ne serait pas digne de telles tapisseries, rogner le rouge pour se servir des fragments qui tomberaient serait un meurtre, quant au tissage on ne peut en parler à cause du prix et du temps exigé et comme à bon droit vous demandez une belle restauration il est de toute rigueur que les pièces soient identiques. Vos tapisseries étant si rares et si précieuses il n'est pas étonnant qu'on ne trouve rien de semblable comme ton, et malgré tout le plaisir que j’aurais de vous être agréable j'aurais peur de ne pas vous contenter... »
(Lettre signée Eustache du 27 juillet 1882, Archives du musée, citée par Fabienne Joubert, annexe 1)

La « Veuve Plistat », rentrayeuse de tapisseries à la Manufacture des Gobelins, est chargée d'une première intervention en 1882, immédiatement suivie d'une autre sous la direction du peintre et décorateur Charles Lameire, en 1883, qui consiste notamment à « refaire » des parties importantes.

Cependant, les compléments peints par Lameire sur des toiles ont rapidement viré et le nouveau directeur du musée et administrateur de la Manufacture des Gobelins, Alfred Darcel, décide de les faire restaurer par les Gobelins entre 1889 et 1892 : la partie inférieure des tapisseries sont alors entièrement retissée en laine ; ces parties paraissent plus légères que les pièces d'origine et s’en distinguent clairement.

Le 7 décembre 1889, Alfred Darcel écrit au ministre de l'Instruction publique des Cultes et des Beaux-Arts :

« La tenture dite de la Dame à la Licorne ayant été acquise en fort mauvais état dans sa partie inférieure a dû y être complétée par une bande de reps peint de façon à compléter les sujets. Mais les couleurs de cette restitution ayant baissé de ton il y a un désaccord trop visible entre les parties anciennes et l'addition moderne. J'ai songé à un essai de restauration en se servant, comme modèles, des peintures à remplacer. Pour mener à bien cette opération il serait nécessaire de posséder d'anciennes laines auxquelles le temps aurait apporté ses atténuations. Or il existe dans les Magasins de la Manufacture des Gobelins une grande quantité de laines de rebut, desquelles des concessions ont souvent été faites par vos prédécesseurs, du temps que j'en étais administrateur, à titre tantôt onéreux et tantôt gratuit. J'aurais, en conséquence, l'honneur de vous demander une concession gratuite en faveur du Musée de Cluny d’une dizaine de kilos à choisir parmi les rouges, les bleus, les verts et les bruns, en couleurs franches. Cette quantité serait suffisante pour refaire les dix mètres environ de tapisserie qui manquent aux six pièces de la tenture... »
Le ministre lui accorde 12 kilos de laine.
(Archives du musée, lettre citée par Fabienne Joubert, annexe 2)

Cette restauration n'a pas satisfait le nouveau conservateur, également administrateur de la Manufacture des Gobelins, Alfred Darcel, qui les fit restaurer par les Gobelins entre 1889 et 1892 : la partie inférieure des tapisseries fut alors entièrement retissée en laine ; ces pièces retravaillées semblent maintenant plus légères que les pièces d'origine et se distinguent clairement des zones d'origine. Cette opération est confiée en 1892 à Jules Lavaux, "artiste-tapissier des Gobelins » (chef  de  pièce de haute  lisse) à titre privé. Alfred Darcel justifie cette décision dans une lettre adressée au ministre le 6 mars 1892 :

« Vous me faites l'honneur de me demander ... pourquoi je me suis adressé à l'industrie privée pour faire restaurer la tenture de la Dame à la Licorne plutôt que de demander cette restauration à l'atelier de rentraiture de la Manufacture nationale des Gobelins, où cette restauration n'aurait rien coûté. J'avais songé tout d'abord à m'adresser à la Manufacture Nationale mais pour un autre travail... [l'administrateur] … m'avait répondu que son atelier était affecté pour 20 ans aux travaux du Louvre ... mais qu'eut égard à la diminution des crédits affectés à celui-ci si je voulais consentir à payer 200 fr. par mois le travail de restauration il demanderait l'autorisation de le faire. Vous voyez que ... le travail n'eut pas été gratuit, et que, vu la lenteur des travaux, il eut été très onéreux pour le budget du Musée...

Connaissant de plus, par expérience personnelle, la lenteur des travaux de l'atelier de rentraiture des Gobelins, je n'hésitais pas de m'adresser à l'industrie privée ... Le travail est achevé aujourd'hui, le restaurateur ayant trouvé avantageux pour lui de le mener rapidement et sans discontinuité. Si cette restauration eut pu être confiée à l'atelier de rentraiture de la Manufacture générale des Gobelins elle aurait duré une dizaine d'années au moins ... Ayant eu l'honneur d'administrer les Gobelins pendant 13 années je sais comment les choses s'y passent, et quelle somme minime de travaux sort de ses ateliers ... De plus je n'eusse pas été aussi maître de diriger le travail dans le sens strictement archéologique dans un établissement de l'État, que je l'étais chez un particulier... »
(Archives du musée, lettre citée par Fabienne Joubert, annexe 3)

Cette historique s’appuiera sur l’annexe (restaurations de La Dame à la Licorne) de  l’ouvrage de Fabienne Joubert, La Tapisserie médiévale au musée de Cluny, Paris, 1987 et 3e édition revue et augmentée par l’auteur avec la collaboration de Viviane Huchard, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 2002.

 

Annexe 7 - Récapitulation

 

LE GOÛT (61, 73) Cl. 10831 - D.S. 10346

• 1882 - Mémoire Plistat
Réparation et rentraiture

• 1883 - Mémoire Lameire
La Dame au perroquet, mesurant 4,60 m sur 3,60 m.
Avoir refait complètement fleurs sur fond pourpre, 4,60 m sur 0,70 m. Dans le haut 0,15 sur 0,15 m.
Une partie de singe dans le bassin noir ; 4 lapins ; fleurs dans le bassin fond noir ; bordure du bassin ; avoir refait l'enceinte de l’île ; enlevé les traces de blanc à l’huile ; retouches sur les reprises de laines d'autres couleurs.

• 1892 - Mémoire Lavaux
le 15 janvier. Reconstitution de la partie inférieure ... 3 m.

• 1943 - Brégère
Devis du 13 avril :
Dédoublage ; nettoyage ; étude ; dessin ; teinture des laines et soies ; renchaînage de pièces anciennes cousues au fil ; pose des chaînes manquantes par stoppage à l'intérieur du tissu ; consolidation des chaînes usagées et vides de trame ; remplacement de reprises modernes par fragments anciens ; mise en état de la partie ancienne de la tapisserie par retissage en laines et soies assorties ; retouches des réparations modernes défectueuses ; rentrayage des déchirures ; mise à l'équerre ; couture des relais ; pose de toiles de renforcement ; doublure en toile de lin ; pose de crochets de suspension sur sangle.

Le 16 juin : Exposé technique précisant le détail des raccommodages subis par cette pièce depuis sa fabrication. (Comprend un fragment de la lisière, voir supra).

Personnage à vêtement jaune : reprises modernes, usure et raccommodage défectueux des noirs et marrons ; chaînes vides de trame ; grosse reprise moderne sur la hanche ; trous de vers ; noirs et marrons usés dans la coiffure.
Deuxième personnage à vêtement bleu : usure et reprises modernes des noirs et marrons dans le vêtement bleu, le collier et la coiffure.
Licorne : trous de vers ; usure des foncés de la crinière ; pièce moderne au boulet.
Lion : nombreux trous de vers ; coutures défectueuses dans les pattes ; grosse reprise moderne et trous de vers dans le mantelet rouge.
Terrain fleuri : reprises modernes à gauche près du fond rouge auprès du lapin, des hampes, sous les vêtements, vers le singe, au-dessus des deux lapins à droite ; pièce au-dessus du lapin debout auprès du fond rouge ; relais rapprochés dans les rosiers ; agrandissement moderne de la partie inférieure.
Arbustes : à droite, petites coupes, reprises modernes et trous de vers dans l'arbuste supérieur ; à gauche chaînes vides de trame, usure et trous de vers dans les feuillages.
Fond rouge animé et fleuri : forte usure, reprises modernes et petites pièces dans l'oiseau de droite ; animal à gauche du personnage, nombreux trous de vers ;
Renard, reprises modernes dans le corps et la tête ; petits trous de vers ;
Lapins, à gauche, pièces, trous de vers et chaînes vides de trame ;
Fond rouge, coupe dans l'étendard au-dessus des oiseaux ; pièces modernes au coin gauche, au milieu, au-dessus de l'arbuste, à droite du renard ; à gauche reprises et pièces autour des lapins ; nombreux trous de vers dans l'ensemble ; agrandissement moderne de la partie inférieure.

 

L'ODORAT (62, 74) Cl. 10832 - D.S. 10347

• 1883 - Mémoire Lameire
La Dame à la corbeille, mesurant 3,15 m sur 3,60 m.
Avoir refait complètement fleurs sur fond pourpre 3,15 m sur 0,55 m. Plus dans le haut 0,15 x 0,45 m. Avoir refait l'enceinte de l'île ; enlevé les traces de blanc à l'huile et retouches sur les reprises de laine d'autres couleurs.

• 1889-1890 - Lavaux
Devis 19 décembre 1889 :
... Cette pièce, que je m'engage à rendre dans le délai de trois mois, entièrement restaurée et remise en bon état, conformément au ton de la couleur des parties existantes, servira d'essai pour la restauration des autres pièces de la tenture.
Mémoire 10 juillet 1890 :
Pour la reconstitution de la partie inférieure ... 1m7730
Réparation de la partie supérieure.

• 1941-1943 - Brégère
23 juillet 1942
Restauration achevée présentée à la Commission (aucun devis conservé).

13 avril 1943 - Devis :
Finition et doublage de trois tapisseries de la même série ... mise à l'équerre ; couture des relais ; mise en état de présentation de l'Odorat.

 

L'OUÏE (63, 75) Cl. 10833 - D.S. 10348

• 1882 - Mémoire Plistat
Réparation et rentrayage ... Bouché les trous et rempli les parties arrachées.

• 1883 - Mémoire Lameire
La Dame à la musique, mesurant 2,90 m sur 3,60 m.
Avoir refait complètement fleurs sur fond pourpre 2,90 m sur 0,53 m en moyenne ; plus partie d'arbres dans le haut 0,50 x 0,35 m ; plus partie d'arbres 0,40 sur 0,20 m ; fleurs dans le bassin fond noir ; bordure du bassin ; avoir refait l'enceinte de l'île ; avoir enlevé les traces de blanc à l'huile et retouches sur les reprises de laine d'autres couleurs.

• 1891 - Mémoire Lavaux
Livrée dans le courant du mois d'octobre ... 1m7414

• 1941-1943 - Brégère
5 mai 1941. Devis :
1° Dédoublage ; nettoyage ; étude ; dessin ; teinture des laines et soies ; mise en place et renchaînage des pièces anciennes cousues au fil sur les côtés et le centre de la tapisserie ; pose des chaînes manquantes par stoppage à l'intérieur du tissu ; consolidation des chaînes anciennes et vides de trame ; mise en état de la partie ancienne de la tapisserie par retissage à l'aiguille des duites de trame manquantes en laines et soies assorties ;  tissage à l'aiguille des plants de fleurs et du fond de terrain à compléter dans la partie inférieure du motif.

2° Restauration des branches fleuries et du fond rouge pour compléter le bas de la tapisserie.

3° Couture des relais ; apprêt ; mise à l'équerre ; pose de toiles de renforcement ; doublage ; pose d'anneaux ou crochets sur sangle.
23 juillet 1942 : Restauration achevée présentée à la Commission.
13 avril 1943 : Finition et doublage de /rois tapisseries de la même série. Remise en place de la partie inférieure moderne de l'Ouïe.

 

À MON SEUL DÉSIR (64, 76) Cl. 10834 - D.S. 10349

• 1882 - Mémoire Plistat
Réparation et rentrayage ... Bouché les trous et rempli les parties arrachées.

• 1883 - Mémoire Lameire
La Dame à la tente, mesurant 4,70 m sur 3,60 m.
Avoir refait complètement une partie des fleurs sur fond pourpre 4,70 m x 0,60 m en moyenne. Plus dans le haut, partie de 0,50 m x 0,60 m. Plus partie d'arbres 0,40 m x 0,40 m.
Plus le bord de la robe de la reine ; une partie du tabouret ; singe dans le bassin fond noir ; bordure du bassin ; avoir refait l'enceinte de l'île ; avoir enlevé les traces de blanc et retouches sur les reprises de laine d'autres couleurs.

• 1893 - Mémoire Lavaux
6 janvier. Pour la reconstitution de la partie inférieure ... 2m 7766

• 1943 - Brégère 
13 avril - Devis :
Dédoublage ; nettoyage ; étude ; dessin ; teinture des laines et soies ; renchaînage de pièces anciennes cousues au fil ; pose des chaînes manquantes par stoppage à l'intérieur du tissu ; consolidation des chaînes usagées et vides de trame ; remplacement de reprises modernes par fragments anciens ; mise en état de la partie ancienne de la tapisserie par retissage en laines et soies assorties ; retouches des réparations modernes défectueuses ; rentrayage des déchirures ; mise à l'équerre ; couture des relais ; pose de toiles de renforcement ; doublure en toile de lin ; pose de crochets de suspension sur sangle.

16 juin Exposé technique précisant le détail des raccommodages subis par cette pièce depuis sa fabrication.

Principal personnage à robe jaune damassée bleu, vêtement rouge : le bas de la robe jaune est moderne, ainsi que la partie inférieure de la traîne du manteau rouge à revers bleu-vert ; pièce moderne dans la partie rouge. Jupe jaune : raccommodages modernes dans les noirs et marrons ; reprises défectueuses chaînes vides de trame ; forte usure des noirs ; trous de vers dans la tête.
Deuxième personnage à robe rouge : reprises modernes et chaînes vides dans les marrons ; reprises modernes, trous devers et usure dans les foncés du corsage, aux épaules et à la manche ; trous de vers dans la tête.
Licorne : deux coupes verticales ; nombreux trous de vers ; pièce dans la partie inférieure des jambes.
Lion : usure des foncés dans la crinière ; trous de vers dans l'ensemble ; reprises modernes dans les pattes.
Tabouret : pièce moderne au pied droit ; reprises modernes et trous de vers.
Chien : coupe et reprise moderne dans la cuisse ; trous devers dans la tête ; usure des noirs ; chaînes vides de trame.
Tente bleue : reprises modernes et chaînes vides à droite dans les noirs ; trous de vers à gauche.
Étendards : nombreux trous de vers ; reprises modernes à l'extérieur des hampes.
Terrain fleuri : à gauche, pièce et reprises modernes vers les plans d'arbustes, le dos du lion, sous le coussin, vers les lapins ; reprises modernes et coupe horizontale dans le prolongement des jarrets de la Licorne ; nombreux trous de vers dans les animaux ; agrandissement moderne de la partie inférieure.
Arbustes : à gauche, reprises modernes et trous de vers ; à droite, grande pièce moderne au centre des feuillages dans le houx ; nombreux trous de vers ; usure.
Fond rouge animé et fleuri : trois pièces sur le côté droit ; grande pièce moderne au coin supérieur droit ; trous dans le haut à droite ; deux pièces sur le milieu en haut ; coupe verticale à gauche de la tente ; reprises modernes et nombreux trous de vers dans les animaux et l'ensemble ; agrandissement moderne de la partie inférieure.

 

LE TOUCHER (65, 77) Cl. 10835 - D.S. 10350

• 1882 - Mémoire Plistat
Réparation et rentrayage... Bouché les trous et rempli les parties arrachées.

• 1883 - Mémoire Lameire
La Dame au drapeau à croissants, mesurant 3,60 m sur 3,60 m Avoir refait complètement fleurs sur fond pourpre 3,60 m sur 0,50 m en moyenne. Plus le bas de la robe de la reine ; les pattes de la licorne ; une partie du lion et ses pattes ; une partie des arbres ; fleurs dans le bassin fond noir ; bordure du bassin ; un petit lapin ; avoir refait l'enceinte de l'île ; enlevé les traces de blanc à l'huile et retouches sur les reprises de laine d'autres couleurs.

• 1891 - Mémoire Lavaux
Livrée dans le courant du mois de juin ... 2m7766

• 1941-1943 - Brégère
3 novembre 1941. Devis :
Dédoublage; nettoyage spécial; étude; dessin ; teinture des laines et soies ; mise en place et renchaînage de fragments anciens ; pose des chaînes manquantes et consolidation des chaînes usagées, vides de trame ; mise en état de la partie ancienne de la tapisserie par retissage à l'aiguille des duites manquantes en laines et soies assorties ; tissage à l'aiguille des plans de fleurs et du fond de terrain à compléter dans la partie inférieure du parterre supportant le motif central ; couture des relais ; apprêt ; mise à l'équerre.

23 juillet 1942 :
Restauration achevée présentée à la Commission.

13 avril 1943. Devis :
Finition et doublage de trois tapisseries de la même série... Pose de bandes de renforcement ; doublure en toile de lin et crochets de suspension sur sangles ; retouche du fond moderne sur la partie inférieure droite du Toucher ; mise à l'équerre ; couture des relais.

 

LA VUE (67, 78) Cl. 10836 - D.S. 10351

 

Photographie reproduite dans le livre
de Jean-Joseph Marquet de Vasselot,
Les tapisseries dites de la Dame à la licorne, éd. Lapina, 1926.
Allongement de la partie inférieure
pour obtenir une hauteur identique à celle autres tapisseries.

Jean-Joseph Marquet de Vasselot, Musée de Cluny. Guide officiel, Musées nationaux, 1935.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226765v/f1.vertical#

 

• 1882 - Mémoire Plistat
Réparation et rentrayage ... Bouché les trous et rempli les parties arrachées.

• 1883 - Mémoire Lameire
La Dame au miroir, mesurant 3,30 m sur 3,60 m. Avoir refait complètement fleurs sur fond pourpre 3,30 m sur 1,00 m. Plus une partie d'hermine dans le bassin fond noir ; une partie de la bordure du bassin ; fleurs dans le bassin, fond noir, 5 lapins ; un renard ; un mouton ; une cigogne ; une pie ; un singe ; avoir refait l'enceinte de l'île ; avoir fait une grande quantité de retouches sur des reprises de laine d'autres couleurs ; avoir enlevé une grande quantité d'encre.

• 1891 - Mémoire Lavaux
Livrée dans le courant du mois de mars ... 3m.

• 1942-1943 - Brégère
4 août 1942 : Exposé technique, précisant le détail des raccommodages subis par cette pièce depuis sa fabrication.

Examen de bas en haut du milieu de la tapisserie : en arrière de l'animal (hermine) situé aux pieds du personnage et dans le terrain fleuri, une pièce moderne de 0,24 m x 0,14 m, la queue de l'animal est moderne ; reprises défectueuses de la patte inférieure droite, du dos et du dessus de la tête à 0,15 m en avant de l'animal ; dans le terrain fleuri, une déchirure verticale raccommodée au fil.
Jupe bleu clair moirée du sujet : à l'origine, le coloris de cette partie du vêtement était mauve, soutenu par des ombres noires ; ce coloris mauve est devenu clair par l'action de l'air et de la lumière ; mais les chaînes recouvertes de trame noire ruinée par te temps, ont été coupées et la trame a été remplacée de place en place par des reprises défectueuses d'aspect jaunâtre ; quatre coupes horizontales sur une hauteur de 0,25 m avec un manque de 23 chaînes et 0,40 m de tissu, existent dans le bas de la jupe; un mauvais raccommodage sous le genou gauche du sujet.
Vêtement gris jaune damassé bleu : mauvaises reprises et chaînes vides de trame dans la traîne, au-dessus du genou droit, sur le ventre, les seins et la manche droite.
Vêtement rouge : quelques chaînes vides ; un manque devant le genou droit.
Tête du sujet : mauvais raccommodage des yeux ; reprises défectueuses de coloris faux dans la coiffure.
Miroir : soies usées et chaînes vides de trame au pied du support ; mauvaises reprises dans les fonds du miroir.
Lion : reprises défectueuses sur la patte inférieure droite, la cuisse, la queue, à l'intérieur de la gueule, autour de l'oreille et des griffes qui tiennent la lance ; ces reprises se prolongent sur le contour inférieur de la hampe de la lance.
Arbustes : mauvaises reprises de couleur jaunâtre des fonds de feuillages ombrés (couleur originale noire) ; quelques reprises dans les autres feuillages.
Lance : reprise défectueuse à la partie supérieure de la hampe bleue ; pièce carrée de 0,05 dans l'étendard ; à droite de cette pièce, une déchirure de 0,35 m rapprochée au fil, se prolonge horizontalement dans le fond rouge avec un manque de 8 chaînes et 0,02 de tissu.
Licorne : reprises sous les sabots et le ventre ; reprises sur le corps, à droite de le genou droit, le museau et dans la corne ; usure de la trame en divers endroits.
Fond rouge animé et fleuri : petits trous et reprises sur le chien blanc assis ; déchirure et pièce au-dessous de l'animal ; reprises défectueuses du fond rouge au-dessus de l'animal ; trous et reprises au-dessus du dos du lion et à gauche de l'arbuste ; déchirure de 0,50 m à 0,30 m de l'angle supérieur à droite et au-dessus du renard avec mangée de 4 chaînes et 1 cm de tissu petite pièce à l'angle gauche ; sur le côté à droite, reprise et pièce en arrière du lapin ; pièce rapportée de 0,35 m à 0,07 avec reprise défectueuse à l'angle supérieur à droite ; reprise entre la queue de la Licorne et l'arbuste ; large reprise déteinte en avant du museau de la Licorne ; nombreux petits trous et reprises défectueuses dans les animaux, les branches fleuries et le fond rouge ; tissage moderne d'un agrandissement exagéré de toute la partie inférieure de la tapisserie sur le tiers de la hauteur totale.
Terrain fleuri : à droite pièce et reprises éparses auprès de la lance ; mauvaises reprises jaunâtres sous les vêtements du personnage ; reprises diverses dans les fleurs, auprès des œillets rouges, au-dessus de l'hermine, sous les sabots et derrière la croupe de la Licorne.

29 juin 1943 :
Restauration achevée, examinée par la Commission.

 

Relevé des détériorations et leur fréquence dans ces rapports de restauration trous de vers : 19 fois ; petits trous : 2 ; reprises défectueuses : 12 ; déchirures : 6 ; pièces anciennes et modernes : 24.

Avez-vous remarqué que le « mémoire Lameire » évoque à deux reprises « la robe de la reine », dans Le Toucher-La Tente (À mon seul désir) et Pavie (Le Toucher) ?

 

Manufacture des Gobelins
https://www.youtube.com/watch?v=rm-D98Epr94&ab_channel=M%C3%A9t%C3%A9o%C3%A0lacarte

Les sites suivants révèlent la présence de plusieurs membres de la famille PLISTAT :

Georges Joseph PLISTAT, né le 23 novembre 1830, décédé le 7 février 1876, du 1er janvier 1846 à 1876.

Georges PLISTAT, tapissier à la Manufacture des Gobelins, 1891-1895

Adèle Françoise PLISTAT (née BRUNET), veuve de Georges Joseph PLISTAT (23 novembre 1830 - 7 février 1876), tapissier aux Gobelins du 1er janvier 1846 à 1876.

Hippolyte Désiré PLISTAT, beau-frère de Mme Veuve PLISTAT.

Élise Antoinette PLISTAT, née AMPENOT.

 

et de la famille LAVAUX :

Edmond Joseph LAVAUX, né le 31 mars 1829, décédé le 30 juillet 1866, du 1er janvier 1846 à 1866.

Jules André LAVAUX, né le 11 août 1839, du 11 septembre 1854 à 1885.

Edmond Joseph LAVAUX, né le 31 mars 1829, décédé le 30 juillet 1866, du 1er janvier 1846 à 1866.

Jules LAVAUX, chef de pièce, haute lisse ; des tissages de 1859 à 1902.

 

Charles LAMEIRE, artiste peintre, membre de la Commission des monuments historiques
« À signaler 2 exemplaires du rapport de Charles Lameire sur les tapisseries et tapis qui ont figuré à l’Exposition universelle de 1900, Paris, Gobelins, 1902, 32 p. »
Archives du mobilier national et des manufactures nationales de tapisseries des Gobelins, de Beauvais et de La Savonnerie.

https://www.mobiliernational.culture.gouv.fr/sites/default/files/2022-03/inventaire_general_numerique_mars_2022.pdf

https://www.mobiliernational.culture.gouv.fr/fr/nous-connaitre/les-manufactures/manufacture-des-gobelins

Maurice Fenaille, État général des tapisseries de la Manufacture des Gobelins depuis son origine jusqu'à jours, 1600-1900, 1903.

https://archive.org/details/gri_33125002589873

Exposition universelle de 1900. Catalogue des œuvres exposées par les Manufactures Nationales de l’État (Gobelins - Sèvres – Beauvais)
https://www.mobiliernational.culture.gouv.fr/sites/default/files/2018-07/1900_Expo%20Universelle.pdf

Manufacture des Gobelins. Études d’après d’anciennes tapisseries. Sainte Élisabeth de Hongrie. — Partie de bordure. — La Bergère. — La Dame à la licorne.  — Flore. — Cérès. — Reproduction de tapisseries coptes.

« La  Dame  à  la  licorne  fait  partie  d’une  vaste  tapisserie  appartenant  au  Musée  de  Cluny  et  dont  la  composition, qui  se  présente  en  triptyque,  montre  sur  le  pan  de  gauche  une  figure  de  femme  debout  qui,  de  la  main gauche, retient  contre  elle  une  licorne.  L’étude  faite  d’après  cette  tapisserie  ne  comporte  que  le  buste  de  la dame ;  celle-ci  apparaît  coiffée  du  hennin  qu’entoure  une  couronne,  et  sa  chevelure  blonde  flotte  sur  ses  épaules ; elle  est  vêtue  d’une  robe  de  velours  bleu  vert  garnie  de  joyaux  et  de  broderies  d’or.
Haute lisse. Tapissiers : Charles Mairet et Léon Beaubœuf.
Commencée le 18 juin 1900 ; terminée le 8 août.
Hr 0 m. 90 ; Lr 0 m. 70.  – Valeur : 611 fr. 44, dont 482 fr. 53 pour la main-d’œuvre, qui revient à 765 fr. 92 par mètre carré.
https://archive.org/stream/gri_33125002589873/gri_33125002589873_djvu.txt

 

Années 1920

 

Dans les années 1920, l'usure des chaînes devient préoccupante et un examen aux Gobelins conclut à la nécessité d'une consolidation générale de la tenture.

 « Ces précieuses tentures ont subi une fatigue nouvelle ; elles l'ont subie d'autant plus que malheureusement on n'avait pas pris soin de les garnir d'une doublure ; on s'était contenté d'apposer par endroits des rectangles de toile qui consolidaient une partie plus endommagée, et qui du même coup apportaient un surcroît de charge. »
(Lettre d'Edmond Haraucourt datée du 1er février 1921 à l'Administrateur des Gobelins, Archives du musée, citée par Fabienne Joubert, annexe 4).

 

Années de guerre :
l’atelier Brégère (1941-1944)

Pendant la seconde guerre mondiale, le musée est fermé et des œuvres d'art importantes sont mises à l’abri hors de Paris pour les protéger.
Durant cette période, les tapisseries sont restaurées aux Gobelins par l'atelier Brégère à Neuilly-sur-Seine, sous le contrôle d'une commission réunie par le conservateur François de Montrémy pour juger, à plusieurs reprises, de la restauration en cours. Cette pratique, qui est alors essentiellement réservée à la restauration des peintures, atteste, en pleine guerre mondiale, l'importance considérable accordée aux tapisseries de La Dame à la licorne.
Les parties inférieures retissées par Lavaux en 1889-1892 sont conservées et les parties manquantes ou très usées sont restaurées par quelques repiquages et retissages, accompagnés de la pose d’une doublure et de la mise en place d’un nouveau galon.

Le 2 janvier 1942, l’atelier Bregère commence la restauration des tapisseries L'Ouïe et de Pavie ; et le 15 mai 1942 celle de La Vue et de L'Odorat.

Commission de juillet 1942 réunissant MM. Hautecceur, Cognacq, Trouvelot, Jaujard, Verrier, Jeanneau, Henraux, Marquet de Vasselot, Aubert, Fontaine et Verlet :

« M. de Montrémy ... a mis les personnalités présentes au courant des travaux urgents de restauration... et de la manière dont ils ont été effectués sur trois d'entre elles […] l'Ouïe, l'Odorat et le Toucher. Pour servir de comparaison, la Vue avait été accrochée sur le même mur.
M. Jean Verrier ayant émis l'opinion que la réparation avait été trop poussée, au détriment du caractère ancien, M. de Montrémy lui a donné l'assurance qu'il pouvait garantir, ayant suivi les travaux de restauration, que seuls les trous avaient été bouchés et les morceaux datant des réparations antérieures remplacés par des morceaux ou des tissages en meilleure harmonie avec le style des personnages […] En outre la Commission a pris une décision quant à la remise en état des parties inférieures et retissées aux Gobelins en 1882 (sic).
Aucun document ne permettant de restituer exactement les parties manquantes, on donna à la restauration de 1882, qui porta seulement sur les parties inférieures alors que les tapisseries ont été diminuées sur leurs quatre côtés, une importance exagérée. Le carton qui servit alors de modèle était un dessin médiocre et les laines employées avaient été traitées avec des colorants manquant de solidité, M. Brégère a montré un essai de retissage pour la partie inférieure de l'Ouïe. Mais les tons modernes étant forcément plus montés que ceux des parties anciennes, M. Brégère déconseillait de poursuivre... » 
(Archives du musée, cité par Fabienne Joubert, annexe 5).

Rapport de la séance du 14 novembre 1942 :

« Ainsi que l'avait décidé la Commission, lors de sa réunion du 24 juillet, M. de Montrémy a présenté les quatre tapisseries, réparées ou en cours de réparation, après le nettoyage, effectué par les ateliers de M. Brégère, de la pièce représentant la Vue.
La Commission a reconnu que l'impression de réparation trop poussée, formulée en juillet par M. Verrier, avait été causée non par un travail de restauration exagéré, mais tout simplement par l'aspect de fraîcheur des coloris après le nettoyage. En outre, il a été convenu que l'on se contenterait de border ces tapisseries en bleu et que l'on ne retisserait pas une bordure marron, comme l'était la bordure originelle, dont quelques vestiges ont été retrouvés sous la bordure moderne des rares côtés qui n'ont pas été diminués. »
(Archives du musée, cité par Fabienne Joubert, annexe 6)

« Lors de la Séance suivante, le 29 juin 1943 : Revenant sur une décision antérieure, la Commission a renoncé à la bordure des tapisseries en toile bleue et décidé de lui substituer une bordure de nuance marron, dans la tonalité des fragments de la bordure originelle retrouvée au cours des réparations. »
(Archives du musée, cité par Fabienne Joubert, annexe 6)

La bordure retissée alors ne respectait pas la disposition de la bordure originelle, dont on conserve toujours un fragment séparé de la pièce représentant le Goût. Un liseré beige la séparait du fond rouge et n'a pas été restitué. Ce fragment témoigne de la vivacité et de la chaleur de la laine rouge employée pour le fond, aujourd'hui très dénaturé.

En octobre 1943, les quatre tapisseries restaurées (L'Ouïe, Pavie, La Vue et L'Odorat) sont mises en sûreté au château de Chambord.
Le 26 février 1944, débute la restauration du Toucher-La Tente et du Goût avant que ces deux tapisseries rejoignent les quatre autres à Chambord.

https://www.musee-moyenage.fr/media/documents-pdf/fiches-de-salles/fiche-salle-13-dame-licorne-technique-restauration-fr.pdf

 

1975

Juin 1975, nettoyage aux usines Bobin à Montrouge : lavage à l’eau froide pour éliminer les poussières, puis séchage dans une étuve à 30°C.
https://bobin-tradition.com/

https://exploreparis.com/fr/5919-visite-atelier-bobin-tradition-bonneuil-explore-paris.html

https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=noPEX_BaG50&rel=0&autoplay=1

 

L'intervention de 2012-2013

 

Les citations sont extraites du site :
https://journals.openedition.org/techne/4758

Élisabeth Taburet-Delahaye, Raphaëlle Déjean, Dominique de Reyer et Witold Nowik, « La Dame à la licorne, sa conservation et l’évaluation colorimétrique du nettoyage », Technè, n° 41, 2015, p. 86-93.

 

En 2011, les experts constatent un empoussièrement non négligeable, dont l'action abrasive sur les fibres est démontrée, favorisé par les conditions d'exposition dans la rotonde.

 

en 1959

 

en 2008


https://culturezvous.com/la-dame-a-la-licorne-est-de-retour-au-musee-cluny/

 

La 'Dame à la licorne' à nouveau exposée à Paris – L'Express

 

« D’un point de vue structurel, d’importantes tensions et déformations ont été également révélées par un éclairage en lumière rasante. Elles résultent de la combinaison de plusieurs facteurs : une présentation sur des murs incurvés, de fortes tensions le long du velcro de suspension, des parties basses contraignantes, mais surtout des doublures inadaptées. La toile utilisée pour ces doublages est lourde et raide, et elle a été fixée selon la technique traditionnelle du carroyage qui bloque le mouvement des tensions verticales de la tapisserie. 

Enfin, les tissages présentaient de petites zones de faiblesse : des relais ouverts, des parties où les trames étaient usées ou manquantes, quelques ruptures de chaînes et des tensions locales dues aux anciennes restaurations. »

Une nouvelle campagne de restauration est donc engagée en 2012 afin de faire face à l’empoussièrement de la tapisserie ainsi qu’aux tensions liées à l’accrochage. Elle va durer dix mois, dans le respect des techniques médiévales, des matériaux utilisés et des couleurs d’origine.

Cinq restauratrices ont procédé à plusieurs manipulations, selon plusieurs phases successives :

« La toile utilisée pour ces doublages est lourde et raide, et elle a été fixée selon la technique traditionnelle du carroyage qui bloque le mouvement des tensions verticales de la tapisserie. »

« L’ensemble du processus prend environ une journée. Après le lavage, les tapisseries redeviennent effectivement plus souples et offrent une surface plus plane. Les résultats des analyses colorimétriques confirment la sensation de coloris plus vifs et plus contrastés. »

 

Couleurs

 

Les citations sont extraites du site :
https://journals.openedition.org/techne/4758

« Si son histoire et son iconographie font de cette tenture une œuvre exceptionnelle, la qualité de son exécution est également remarquable. Dans les parties originelles, les six tapisseries révèlent un tissage d’une grande finesse et d’une grande maîtrise technique. Le raffinement passe également par l’emploi d’une large gamme colorée (environ trente coloris) pour les fils de trame en laine ou en soie.
En effet, tandis que les chaînes sont en laine écrue, les trames présentent des couleurs aux nuances subtiles, obtenues avec des colorants naturels dont chaque teinte est déclinée en trois tons : un clair, un moyen et un foncé. Ces colorants sont ceux couramment employés à l’époque : la garance pour les rouges, la gaude pour les jaunes, le pastel pour les bleus, plusieurs tanins pour les bruns, mais on trouve aussi, fait plus rare, de l’orseille (substance colorante issue de lichens) pour les bruns violacés. 

L’entrecroisement des fils au revers prouve que le tissage a été réalisé de gauche à droite. »

« Les parties basses retissées ont, quant à elles, de toutes autres caractéristiques, qui expliquent largement leur différence d'aspect. Leur tissage est beaucoup plus grossier, les chaînes sont en coton blanc et les trames exclusivement en laine sont, pour la plupart, chinées. Les colorants employés sont des colorants synthétiques. Ces colorants ont mal résisté à la lumière et les parties basses sont aujourd'hui nettement plus décolorées que les parties originelles qui ont pourtant pâli sur la face au cours de leur exposition, ainsi que le prouve l'intensité des couleurs au revers. »

Dans ces tapisseries, avant le nettoyage, tous les colorants ont été identifiés par chromatographie en phase liquide par Witold Nowik, ingénieur de recherche au Ministère de la Culture et de la Communication. Il a analysé et déterminé les colorants naturels des tapisseries : la garance pour les rouges, la gaude pour les jaunes, le pastel pour les bleus, plusieurs tanins pour les bruns, l’orseille pour les bruns violacés.

La garance, de la famille des rubiacées, est une plante grimpante et vivace, dont la racine de la variété principale fournit une matière colorante rouge. La gaude, de la famille des résédacées, pousse en Europe. Elle est aussi nommée réséda des teinturiers ou réséda jaunâtre, grand réséda, herbe à jaunir, herbe jaune ou mignonette jaunâtre. Le tanin est une substance organique contenue dans de nombreux végétaux (écorces, bois, racines, feuilles, fruits, gousses, galles, sucs et gommes). Le pastel est une plante dicotylédone, herbacée, crucifère, des régions tempérées, dont la tige et les feuilles fournissent une matière colorante bleue. L’orseille est un lichen qui pousse sur les côtes rocheuses, notamment celles de la Méditerranée, dont on tire une pâte colorante pourpre violacé.

 

Conclusion de la restauration
donnée par les équipes de spécialistes

 

« Cette vaste opération de conservation-restauration permet de présenter au public des tapisseries qui ont retrouvé de l’éclat, dont l’aspect est plus propre, plus régulier et plus homogène, ce qui met en valeur leur iconographie et la qualité de leur tissage. Les plans inclinés sur lesquels elles reposent leur apportent de bonnes conditions pour une exposition durable.

D’un point de vue structurel, leur tissage est à la fois renforcé et soutenu. Le lavage a redonné souplesse et brillance aux fibres dont les coloris ressortent plus lumineux et plus saturés – les tapisseries paraissent actuellement plus vives. […]

La rénovation de la muséographie a également permis de concevoir des supports de présentation adaptés et de revoir les conditions d’éclairage et de contrôle du climat. »

 

Ont participé à la restauration : Cécilia Aguirre ; Thalia Bajon-Bouzid ; Anne Breugnot ; Raphaëlle Déjean ; Sylvie Forestier.

Ont travaillé sur l’identification des fibres, des colorants et ont assuré le suivi de l’empoussièrement : Dominique de Reyer ; Witold Nowik ; Athénaïs Davantès (stagiaire Master 2)

https://journals.openedition.org/techne/4758

 

Une salle d’exposition réaménagée

 

Le réaménagement de la salle d’exposition, reconfigurée par Paul Barnoud, architecte en chef des Monuments Historiques, constitue le dernier volet de ce chantier de conservation. Ce chantier a été essentiellement soutenu par un mécène, le groupe japonais NHK, et par une participation de la Société des Amis du musée de Cluny.
https://www.fredericbarrau.com/salle-de-la-dame-a-la-licorne-musee


 

 

Pendant qu’il lui est aménagé un nouvel écrin, La Dame est exposée pendant six mois au Japon. Elle revient à Cluny en décembre 2013, dans une salle rectangulaire entièrement rénovée, spécialement conçue pour elle.

Les six panneaux sont exposés dans l’ordre de la hiérarchie des sens telle que l’on se la représentait au Moyen Âge, du plus concret au plus spirituel : le toucher, le goût, l’odorat, l’ouïe, la vue. "Mon seul désir", considéré comme le point culminant de l’œuvre, est isolé sur un mur. L’éclairage par leds encastrés au plafond est désormais aux normes : pas plus de 50 lux, pour préserver les couleurs de la tapisserie.

https://www.musee-moyenage.fr/media/documents-pdf/fiches-de-salles/fiche-salle-13-dame-licorne-technique-restauration-fr.pdf

Élisabeth Taburet-Delahaye, Raphaëlle Déjean, Dominique de Reyer et Witold Nowik, « La Dame à la licorne, sa conservation et l’évaluation colorimétrique du nettoyage », Technè, 41, 2015, p. 86-93.
https://journals.openedition.org/techne/4758

 

Projet « CLUNY 4 »

 

Ce projet mené à bien autour de La Dame à la licorne fait partie d’un ambitieux programme de rénovation muséographique soutenu par le ministère de la Culture et de la Communication.
Les objectifs définis sont :

 

 

http://sourcesmedievales.unblog.fr/2013/12/15/le-retour-de-la-dame-a-la-licorne-un-premier-pas-vers-cluny-4/

 

Retour sur le calendrier

 

2011 : Lancement du projet par le Ministère de la Culture

2013 : Début du chantier de modernisation avec le réaménagement de la salle de la Dame à la licorne

Décembre 2013 : Lancement du concours d’architecture pour la création d’un nouvel accueil

Juillet 2014 : Désignation de l’architecte Bernard Desmoulin

Automne 2015 : Début des travaux de restauration : chapelle, bâtiment Boeswillwald, vestiges antiques

Juin 2016 : Fin des travaux de restauration du bâtiment Boeswillwald

Été 2016 : Début de la construction du nouvel accueil

Septembre 2016 : Sélection de l’architecte-muséographe pour la refonte des parcours et réouverture de la chapelle

Décembre 2017 : Fin de la restauration des thermes gallo-romains (vestiges antiques)

1er mars 2018 : Éclipse totale du musée pour préparer la réouverture partielle et le chantier de refonte des parcours de visite

14 juillet 2018 : Ouverture du nouvel accueil et de la première tranche de rénovation muséographique

12 mai 2022 : Achèvement des nouveaux parcours muséographiques et réouverture du musée.

https://www.musee-moyenage.fr/le-musee/actualites/musee-de-cluny-en-mutations/projet-modernisation-cluny-4/nouvel-accueil-projet-cluny-4.html

 

 

Trois rapports du Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH) et un article [« La Dame à la licorne, sa conservation et l’évaluation colorimétrique du nettoyage », Technè, n° 41, 2015, p. 86-93] permettent de prendre connaissance des analyses effectuées sur les tapisseries de La Dame.

https://www.lrmh.fr/centre-de-ressources-synapse.aspx
dans « recherche », « partout », taper : « dame à la licorne tenture »

I - RAPPORT 1005 B du 22 avril 1997

Une équipe a été constituée afin de réaliser les analyses des fibres et des colorants de la tapisserie La Vue.
La collaboration établie à l'occasion de cette étude entre le Laboratoire de recherche des monuments  historiques, le Laboratoire de recherche des musées de France et l'Institut textile de France (pour l'identification de l'origine des poils) a permis de confronter les méthodes utilisées par chaque organisme et de mettre en commun les savoir-faire, pour une identification des matériaux constitutifs de la tapisserie, fibres et colorants.

― Identification des colorants

L'identification des colorants de douze échantillons a été réalisée. Les analyses ont été effectuées au moyen de la chromatographie en phase liquide à haute performance (CLHP) qui permet d'identifier les composés organiques des colorants.
Les colorants naturels identifiés ne donnent pas d'indications pour une éventuelle datation, car il s'agit de substances utilisées traditionnellement dans la teinture de ses origines jusqu'à nos jours.
La présence de colorants synthétiques dans trois échantillons témoigne des quatre campagnes de restaurations qui ont été entreprises de 1882 à 1945.

Rouge Garance (Rubia tinctoria) Laine
Bleu Gaude (Reseda luteola) + indigo Laine
Vert Gaude (Reseda luteola) + indigo Laine
Vert Gaude (Reseda luteola) + indigo Laine
Rouge Garance (Rubia tinctoria) Laine
Jaune Gaude (Reseda luteola) Laine
Jaune Orange synthétique (non identifié)
+ orange synthétique (azo)
+ jaune synthétique (jaune Naphtol S)

 

― Identification des fils de chaîne et de trame.

L'identification des fibres des douze échantillons a été réalisée en microscopie optique.

― Identification de la toison

Pour deux prélèvements de fils anciens, la trame rouge et la chaîne, une analyse plus complète a été réalisée en collaboration avec l'Institut textile de France. Un protocole d'identification a été mis au point par l'Institut textile de France, afin de préciser la nature de la toison d'origine. Il utilise les différentes caractéristiques des poils telles que la forme de la fibre, la présence d'un canal médulaire, la pigmentation, ainsi que la forme, la taille et l'épaisseur de leurs écailles et les compare aux caractéristiques de fibres de références.

Les observations qualitatives permettent d’affirmer qu’il s'agit bien, pour les deux fils, de fibre d'origine animale : c'est une fibre ronde avec des écailles. L'épaisseur des écailles, comprise entre 0,7 et 0,8 mm permet de préciser qu'il s'agit de laine de mouton.

 


La Dame, c’est également ça ! Essentiellement de la toison de mouton…

 

II - RAPPORT n° 1005 D du 24 octobre 2016

L’analyse colorimétrique a été conduite par :
Dominique DE REYER, ingénieure de recherche, pôle Textile et Witold NOWIK, ingénieur de recherche, pôle Analytique.

― Introduction

La campagne de conservation/restauration de la tenture de La Dame à la Licorne menée en 2012 a été l’occasion de réaliser une étude colorimétrique sur les six tapisseries de la tenture [cf. Techné, 2015,
n° 11, Arts textiles antiques et modernes. Approche scientifique et restauration, p. 87-93].

Ce travail n’ayant jamais été réalisé jusqu’à présent, l’objectif était de :
· disposer de référentiels sur les coordonnées chromatiques d’une sélection de teintes, ainsi que sur les croissants blancs, pour permettre de suivre à l’avenir l’évolution des couleurs et de l’empoussièrement
· d’évaluer au cours de la restauration, le comportement des couleurs au lavage.

Des analyses de colorants ont été faites pour vérifier la présence de fils de restauration.

― Analyses colorimétriques de la tenture

L’empoussièrement et l’encrassement constatés sur la tenture, bien que variables d’une tapisserie à l’autre, sont importants, et ont achevé de ternir les couleurs. L’exposition de certaines pièces devant des panneaux de bois perforés, a particulièrement encrassé la doublure de ces tapisseries. Sur la face, la palette de couleur a souffert de l’exposition à la lumière et est décolorée. L’accès au revers, après le dédoublage, a permis de se rendre compte de la différence de couleur.

Les tapisseries présentent une large gamme de couleurs souvent déclinée en trois tons : clair / moyen / foncé.

Les mesures ont été faites systématiquement côté face et côté revers. La première série de mesures a été faite, après dépoussiérage par micro-aspiration, mais avant lavage, et l’autre série de mesure après lavage.

― Conclusion

L’analyse colorimétrique de la tenture de La Dame à la licorne n’avait pas été réalisée jusqu’à ce jour.

La colorimétrie a été faite à deux moments du programme de conservation-restauration, avant et après le lavage. Les mesures ont été faites sur la face et au revers, à partir d’une sélection des principales couleurs : rouge, bleu, vert, jaune, blanc. Ce travail a eu pour objectif d’apprécier l’effet du lavage, et de constituer un référentiel des principales couleurs.

Les analyses colorimétriques faites après lavage montrent, dans tous les cas, une modification des coordonnées chromatiques.

De nombreux critères entrent en ligne de compte : le colorant, la qualité de la teinture, le mélange des laines, l’exposition à la lumière, les conditions de conservation. Il est donc difficile d’établir des comparaisons aussi bien entre les couleurs qu’entre les tapisseries.
Mais d’une manière générale, le lavage, avec l’élimination de la salissure, apporte aux couleurs un léger gain en tonalité chromatique et en clarté.

L’altération des couleurs est due essentiellement à la décoloration des teintes, mais aussi à l’empoussièrement de surface. Si le lavage ne peut pas rendre la tonalité chromatique perdue, l’élimination de la salissure a apporté un gain de luminosité. Le lavage a aussi permis d’améliorer l’apparence des tapisseries qui ont récupéré plus de souplesse et de planéité. La modification de surface modifie aussi l’effet de la réflexion de la lumière et renforce la sensation visuelle par une perception plus vive des coloris.

 

III - RAPPORT n° 1005 E du 09 mai 2017

L’analyse a été conduite par Witold NOWIK, Ingénieur de recherche, pôle Analytique et Dominique DE REYER, Ingénieure de recherche, pôle Textile.

― Évaluation de l’empoussièrement après deux ans d’exposition

L’exposition de la tenture de La Dame à la Licorne dans sa nouvelle muséographie a été l’occasion d’entreprendre un travail sur le suivi de l’empoussièrement des six tapisseries. Nous présentons ici la première évaluation de l’état d’empoussièrement, qui a été réalisée en avril 2016, soit deux ans après la présentation des tapisseries au public.

Comme la laine teinte de ces tapisseries n’est pas colorée de manière homogène, nous avons choisi les endroits tissés avec de la laine non teinte comme surfaces de référence. Les croissants blancs des gonfanons
correspondent à ces exigences en représentant des surfaces suffisamment grandes pour faire la moyenne de plusieurs points de mesures, ce qui permet de s’affranchir des fluctuations locales de la couleur.

Les opérations de dépoussiérage et de lavage de 2012 ont ramené les tapisseries à un niveau d’empoussièrement minimal. Le lavage a apporté une nette amélioration de la luminance.

Les prochaines mesures, pour lesquelles l’espacement de temps de 2 ans semble être suffisant, devraient éventuellement confirmer la tendance.

― Conclusion

Après deux années d’exposition, les mesures colorimétriques n’ont pas montré de différence significative de l’indice de luminosité.
Il est donc important de poursuivre les analyses colorimétriques sur ces tapisseries au fil des années d’exposition afin de voir comment va évoluer l’indice de luminosité.

 

Mohamed Dallel, Responsable du Pôle Textile au Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques (LRMH),le souligne dans sa réponse à mon courriel : « Il me paraît important de préciser que pour les zones étendues, comme pour le fond des îles, il est impossible de définir une seule couleur, car plusieurs tons ont été employés, sans parler des zones restaurées qui multiplient les possibilités. Par exemple, ci-après, vous avez deux points provenant de la même zone de la tapisserie La Vue. Les tons sont différents et participent à la création d'un jeu de couleurs, ce qui donne de la profondeur, du relief, des perspectives etc. » 

 

 


 

Voir aussi : Pauline Uring, Altération des textiles de fibres naturelles en environnement intérieur : le rôle des polluants atmosphérique, thèse de doctorat de l'Université Paris Est Créteil, 2019.

https://theses.hal.science/tel-03468737

En voici le résumé :

« Les textiles sont des matériaux à la fois quotidiens, omniprésents dans nos intérieurs, mais aussi de prestige, comme en témoigne leur profusion dans les collections des musées et monuments historiques. La préciosité et l’unicité de ceux-ci nécessitent de les préserver sur des périodes prolongées durant lesquelles l’environnement a un impact déterminant.

Ce travail de thèse vise à comprendre le rôle précis de l’environnement d’exposition des textiles dans la dégradation des fibres naturelles qui les composent, et plus particulièrement les mécanismes encore méconnus de dégradation liés à la présence de polluants atmosphériques, gazeux et particulaires.

Pour y parvenir, une approche environnementale a été utilisée. Tout d’abord, quatre musées et monuments historiques situés dans des milieux contrastés - urbain (Musée de Cluny, Paris), semi-rural (château de Fontainebleau), marin (musée de la Tapisserie de Bayeux et Villa Kérylos, Beaulieu-sur-Mer) - ont été sélectionnés pour représenter la variété des conditions de conservation des textiles en France.

Ces sites ont été étudiés de manière exhaustive (microclimat, concentration en polluants gazeux, granulométrie et chimie des aérosols, morphochimie des particules déposées, vitesse d’empoussièrement) afin de disposer de données environnementales complètes.

Certaines pièces des monuments ont également été sélectionnées comme plateformes d’exposition de textiles-modèles (coton, laine et soie) pour un vieillissement naturel. Les données environnementales collectées ont été utilisées pour conditionner des expériences de vieillissement accéléré en laboratoire. La chambre CIME, dédiée à l’étude de l’interaction entre les matériaux et leur environnement, a été utilisée pour reproduire le dépôt sec de particules clés identifiées sur sites (mélange de calcite, argiles, suies, mascagnite et halite) et pour exposer les textiles empoussiérés artificiellement et naturellement à plusieurs polluants gazeux (SO2, NO2, CO2, O3, COV).

Les concentrations des espèces gazeuses et les conditions thermo-hygriques ont été choisies en accord avec les mesures effectuées sur site.

Ce dispositif expérimental, mettant en parallèle mesures et expositions in-situ avec expériences en laboratoire, a permis de mettre en évidence et de suivre à la fois la réactivité des couches de particules et l’évolution des fibres exposées aux polluants.

Le dépôt est le premier à réagir en formant des efflorescences. La croissance de celles-ci peut se faire entre les fibres des textiles. Ces néoformations de sulfates, nitrates et formates se produisent indépendamment de la nature du substrat. Elles peuvent être dommageables pour les textiles car leur emplacement au sein des fibres les rend difficiles à dépoussiérer et ces nouveaux mélanges de sels peuvent avoir des points de déliquescence plus bas, favorisant ainsi la formation de films d’eau.

Les fibres sont également altérées par le contact avec les polluants gazeux : le SO2 et l’acide formique mènent à la rupture de liaisons des chaînes polymères du coton et des liaisons peptidiques de la soie, tandis que le NO2 engendre plutôt des oxydations des fibres. Le coton est le plus sensible au NO2 (combinaison de l’oxydation et de l’hydrolyse des fibres). Si l’acide formique attaque la laine en entraînant des ruptures de liaisons covalentes, comme pour les autres fibres naturelles étudiées, cette fibre résiste mieux au SO2 que la soie et semble même être protégée des altérations futures suite à son exposition à ce polluant. Dans tous les cas, les altérations provoquées par les polluants gazeux sont exacerbées en présence de dépôt, quelle que soit sa composition chimique.

Cette recherche combinant étude environnementale et simulation réaliste des vieillissements de textiles-modèles met clairement en évidence le caractère non protecteur des particules et la nécessité de limiter leur impact en condition intérieure. »

 

 

Pauline Claisse mène une thèse de doctorat en histoire, histoire de l'art et archéologie, à Bordeaux 3, en partenariat avec ArchéoSciences Bordeaux (équipe de recherche) et avec le musée de Cluny et le LRMH : Les tapisseries de la Dame à la Licorne (XVe siècle). La couleur, l'esprit, le temps. Du métier au musée : cinq siècles d'histoire matérielle d'une icône de la tapisserie.

L’objectif principal consiste à analyser sans contact d’une part les colorants naturels d’origine et d’autre part ceux utilisés pour les restaurations successives, en particulier dans les zones fortement altérées, afin de comprendre les phénomènes de dégradation.

L’imagerie hyperspectrale (VIS-SWIR), la colorimétrie et la fluorimétrie seront privilégiées pour les analyses in situ. Des analyses par chromatographie viendront compléter les résultats. Ils seront interprétés grâce à la comparaison avec les spectres de référence de notre base de données, enregistrés sur un nuancier de colorants naturels et synthétiques fabriqué en accord avec les recettes décrites dans les traités anciens.

Pauline Claisse, Les couleurs de la Dame à la licorne : cinq siècles d'histoire matérielle, thèse, Université Bordeaux Montaigne, 2025.

“Les tapisseries de La Dame à la Licorne (XVe siècle). La couleur, l’esprit, le temps. Du métier au musée : cinq siècles d’histoire matérielle d’une icône de la tapisserie.” Ce sujet de thèse porte sur l’analyse sans contact des matériaux de la tenture de La Dame et la Licorne (XVe siècle), conservée au musée de Cluny. Les teintures d’origines naturelles et celles utilisées pour les restaurations successives au XIXe siècle seront au cœur de cette séance.

https://www.archeosciences-bordeaux.fr/Les-tapisseries-de-la-Dame-a-la-Licorne-XVe-siecle-La-couleur-l-esprit-le-temps

À voir également :

Pauline Claisse, Hortense de La Codre, Witold Nowik, Floréal Daniel, Rémy Chapoulie, Mohamed Dallel et Aurélie Mounier, « Original and restored materials revealed by contactless and micro-invasive methods of the Lady and the Unicorn tapestry “Mon seul désir” », The European Physical Journal Plus, vol. 138, 2023.

https://epjplus.epj.org/articles/epjplus/abs/2023/09/13360_2023_Article_4435/13360_2023_Article_4435.html

Aurélie Mounier et Pauline Claisse, « Analyser et restituer la couleur dans l'art ».

https://sciences-archeologiques.u-bordeaux.fr/gpr/productions/projets-projects/palette-dune-icone-de-la-tapisserie

https://www.radiocampusbordeaux.fr/podcast/cafe-campus-interview-pauline-claisse-les-couleurs-de-la-dame-a-la-licorne/

https://images.cnrs.fr/video/7638

 

Vidéos

https://www.facebook.com/watch/?v=463364264691650

https://www.dailymotion.com/video/x1favpl

https://www.lemonde.fr/sciences/video/2023/02/17/enquete-sur-les-couleurs-de-la-dame-a-la-licorne_6162238_1650684.html

https://www.youtube.com/watch?v=j_JWVnSrEmA

https://www.youtube.com/watch?v=-xMO2qsUu0A

 

Voir sur ce site les chapitres :

17b- 222 ans à Boussac

17c- Les délibérations du Conseil Municipal de Boussac