Les tapisseries
de La Dame à la licorne
et
Victor-Louis-Gabriel Bourdon
le chaînon manquant
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Le « roman » de Georges SAUVÉ, Le sourire retrouvé de la Dame à la licorne ; les débuts d'un jeune fonctionnaire sous la république des ducs (éditions Osmondes, 2003), relate une des péripéties qu’a connues la tenture de La Dame à la licorne à Boussac.
Victor-Louis-Gabriel Bourdon, nommé « receveur particulier des finances » à Boussac en 1876, est le chaînon manquant, qui après George Sand et Prosper Mérimée, a eu un rôle important pour la sauvegarde des tapisseries de La Dame à la licorne et leur arrivée à Cluny.


L’enjeu était de sauver les tapisseries : « … ces magnifiques tentures devaient donc s'effilocher, se crevasser, s'incruster de crasse rongeuse et "passer comme Job" dans l'obscurité d'un fond de province quand, en 1876, un jeune fonctionnaire, nommé à Boussac pour son premier poste, s'en éprit et, tel le prince charmant, vint les réveiller du sommeil où elles périssaient.
Il alerta son oncle, Charles ROSSIGNEUX, grand designer et artiste oublié de la seconde partie du XIXe siècle. Celui-ci convainquit son vieux camarade Edmond DU SOMMERARD, directeur de Cluny. A eux trois, ils édifièrent la stratégie qui permit en juin 1877 de décider la Commission des Monuments Historiques à se porter partie prenante — et la seule, de par les droits de l'État. »
Georges Sauvé présente l’origine de ses sources :
« Cet ouvrage s'est édifié sur un ensemble d'une centaine de lettres : correspondance de Monsieur Gabriel Bourdon, receveur particulier des finances à Boussac, le héros de cette histoire, avec Madame sa mère ; correspondance de celle-ci avec sa belle-sœur et son frère, Monsieur et Madame Charles Rossigneux ; des lettres d'Edmond du Sommerard ou d'Alfred Darcel et de quelques autres – tous témoins de première main et acteurs principaux de ces évènements – de photos ou documents divers. »
Les protagonistes de cette rocambolesque aventure seront présentés au fur et à mesure de leur entrée en scène.
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Victor-Louis-Gabriel BOURDON
Gabriel Bourdon est nommé « receveur particulier des finances » à Boussac en 1876. Il est chargé de recevoir des élus les impôts perçus par eux, de recevoir les produits du domaine, et de verser le tout entre les mains d'un receveur général.
Voici les postes successifs qu’il a occupés dans son emploi de « receveur particulier des finances » :
1876 : Boussac (Creuse) – 11 mars 1878 : Issoudun (Indre) – 1er août 1882 : La Palisse (Allier) – 1888 : Villefranche (non installé) – Coutances (Manche) – Passe de 2ème classe à 1ère classe. – octobre 1890 : Château-Thierry (Aisne) (non installé) – novembre 1890 : Bernay (Eure) – 1899 : Corbeil (Seine-et-Oise) – 1907 : Retraite, receveur particulier honoraire ; 40 ans 8 mois de services. Pension avec jouissance du 1er juin 1906. 6,000 frs.Le premier sous-préfet de l’arrondissement de Boussac, de 1800 à 1814, se nommait également Bourdon (Antoine ; 1752 -1815), remplacé le 22 août 1814 par De Bérenger, chevalier.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Bourdon
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Gabriel Bourdon en 1877
Sa mère, Fanny BOURDON-ROSSIGNEUX
Jeanne Françoise Fanny Rossigneux (1816-1890).
Mariée le 9 juillet 1840 à Paris, avec Étienne Louis Victor BOURDON (1810-1843).
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Fanny Bourdon-Rossigneux, peinte à l’époque par Laure de Chatillon
https://fr.wikipedia.org/wiki/Laure_de_Ch%C3%A2tillon
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Quelque temps après son installation à Boussac, les CHAMPOISEAU lui font visiter le château :
« … puis ils descendirent dans la grande salle où logeaient les bureaux du chef-lieu de l'arrondissement pour lui faire contempler ces tapisseries qui semblaient l'intriguer aussi fort que leur amie, la bonne dame de Nohant. A vrai dire, même en plein midi, elles étaient difficilement lisibles tant elles étaient abîmées, bitumineuses de crasse. Sigismond lui avouait qu'il ne pouvait empêcher ses scribes d'y essuyer leurs plumes, quand ce n'était de la souiller par quelqu'une de leurs sécrétions douteuses !
(S’agit-il de Sigismond MAULMOND, 21e sous-préfet du 23 septembre 1870 au 15 février 1873 ?)Il y avait là trois tentures, mais leur disposition ne correspondaient ni aux descriptions du baron Aucapitaine, ni à celle de Sand, ni ne restaient vraiment conformes aux relevés de Morin dans l'ancien grand salon. Dans l'une, la belle dame jouait d'un petit orgue positif ; dans une autre elle tenait un grand étendard bandé de trois croissants, dans la troisième, elle prélevait des sortes de perles dans une coupe. »
[…]
Le lendemain, sous le premier prétexte venu, il s'en vint à la mairie pour rendre visite au Maire. Il n'eut pas à chercher pour découvrir les trois autres tapisseries. Elles n'étaient plus ficelées dans un coin de débarras, mais se trouvaient en service actif sous forme de tapis.
L'une, dans la pièce du secrétaire de mairie, devant son bureau, subissait les chaises des visiteurs. Monsieur DESFOSSES-LAGRAVIÈRE pensait que cet emploi donnait un ton chic et distingué. A part cela, l'état de la tenture n'était pas mauvais ; on distinguait encore le fond rouge sur lequel se détachait la dame assise ; elle présentait un miroir à une licorne posant familièrement sa patte sur ses genoux.
Dans la salle des fêtes, il reconnut la plus splendide ; sous une tente bleue à semis d'or, la dame debout, déposait des bijoux dans une cassette, sous l'œil sérieux de son griffon assis sur un coussin. Sur le fronton de la tente, il déchiffra péniblement : "A MON SEUL DESIR".
[…]
Dans la salle des archives, la lourde table recouvrait la dernière où l'on voyait la dame tresser une couronne de fleurs.
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Pierre - Gatien CHAMPOISEAU
Nommé 24e sous-préfet le 24 mai 1876.
Né en 1841 à Tours (Indre-et-Loire) d’Aglaé-Émilie FOURIER (1801-1862) et de Noël CHAMPOISEAU (1795-1859), industriel, maire de Tours (1831-1932), frère de la Loge des Amis Réunis à Tours. Pierre - Gatien Champoiseau sera consul de France à Raguse (Sicile)
https://gw.geneanet.org/wikifrat?lang=fr&n=champoiseau&p=noel
Léopold - Ernest JAVAL, le 25e, lui succède le 21 février 1877
Auguste DESFOSSES-LAGRAVIÈRE
Né en 1804. Il exerce la profession de médecin. Il est maire de Boussac de 1848 à 1870, succédant à Pierre Leroux (maire éphémère en février 1848). Il sera maire de Boussac en alternance avec Louis Gilbert :
Desfosses-Lagravière : 1848 – 1870
Gilbert : 1870 – 1874
Desfosses-Lagravière : 1874 – 1877
Gilbert : 1878 – 1878
Leur successeur, Siméon Aucouturier (1835-1902, ancien maître d'hôtel), sera maire jusqu’en 1901.Auguste Desfosses-Lagravière a été conseiller général du canton de Boussac de 1836 à 1848, puis de 1852 à 1870.
(Les conseillers généraux ne sont élus au suffrage universel direct que depuis la loi départementale du 10 août 1871.)
La ville de Boussac a donné son nom à une rue.
file:///C:/Users/HOME/Downloads/ad23-16boussacmaires-liste-20151104-doc-1.pdfhttps://fr.geneawiki.com/wiki/23031_-_Boussac?mobileaction=toggle_view_desktop
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Gabriel Bourdon entrevoit alors « la possibilité d’illustrer son premier poste en rendant aux collections nationales un trésor, sans doute délabré, mais restaurable, et qui présentait indéniablement un caractère exceptionnel. »
Après deux prêts de certaines tapisseries à la ville de Guéret pour y être exposées, en 1862 et 1869, la ville en est restée à l'échéance assez lointaine de la présentation de trois tapisseries dont Mon seul désir à l'exposition universelle de 1878 de Paris.
« Contre toute attente, une occasion inespérée allait se présenter. »
Fin mars, Gabriel Bourdon regagne Paris pour Pâques. Il y retrouve Jean Girette, un ancien condisciple du lycée Charlemagne, qui a repris la profession paternelle et qui exerce alors à Vienne en Autriche où les Rothschild sont ses principaux clients.
Lors d’un dîner, Jean apprend à Gabriel une « incroyable nouvelle :
― Les Rothschild cherchent pour leur hôtel de Vienne de grandes tapisseries vertes sur fond rouge.
― Mais j'ai ce qu'il te faut dans mon trou de campagne ; seulement leur état n'est pas brillant ; il fait même peur !
― Cela ne fait rien, Rothschild paiera ! »
Avant de regagner Vienne, Jean Girette se rend à Boussac ; après avoir vu les tapisseries de La Dame, il envoie aussitôt une dépêche au baron Nathaniel Meyer von Rothschild qui répond qu’il désire se rendre compte à Boussac même.
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Jean GIRETTE
Fils de Jules Girette (Paris, 9e, 1845 – 1931, Paris, 4e), architecte, maire du 4e, l'arrondissement de la mairie de Paris et de l'Ile Saint-Louis, un ami d'Edmond du Sommerard, et un copain de 40 ans de Charles Rossigneux.
Jean Girette est un ancien élève de l'École des Beaux-Arts. Chef du bureau des dessinateurs à l'Exposition universelle de Vienne, en Autriche, en 1873, il effectue dans la capitale autrichienne une partie de sa carrière : construction et décoration du palais de Nathaniel de Rothschild en 1872-1876, agrandissement du château d'Enzesfeld pour Eugène de Rothschild, vers 1875-1880, jardins et serres de la Hohenwarte à Vienne en 1884, restauration et décoration du palais du prince Kinsky.
https://agorha.inha.fr/ark:/54721/082da204-ee1e-4230-8e51-6c040942d104
Nathaniel Meyer VON ROTHSCHILD
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40 ans en 1876Nathaniel Meyer von ROTHSCHILD (26 octobre 1836 – 16 juin 1905) était un membre de la famille bancaire autrichienne Rothschild, connu comme collectionneur d'art et mécène. Né à Vienne, il était le cinquième enfant et le premier fils d'Anselm von Rothschild (1803-1874) et de son épouse Charlotte von Rothschild (1807-1859).
Comme d'autres membres de sa famille, Nathaniel fut un généreux bienfaiteur de nombreuses institutions ; il fonda un hôpital général, des instituts pour les aveugles et les sourds, un orphelinat et une clinique neurologique. La photographie était l'un de ses passe-temps et il publia des récits illustrés de ses voyages en Europe en plus de doter le Club photographique viennois.
Il meurt célibataire le 12 juin 1905. Il est inhumé au cimetière central de Vienne.
https://de.wikipedia.org/wiki/Nathaniel_Meyer_von_Rothschild
https://en.wikipedia.org/wiki/Nathaniel_Meyer_von_Rothschild
https://family.rothschildarchive.org/people/55-nathaniel-mayer-puggy-von-rothschild-1836-1905Edmond du Sommerard, informé de cette demande, organise une réunion à Cluny où confèrent avec lui Gabriel Bourdon, son oncle Charles Rossigneux, et Jules Girette, muni du télégramme de son fils.
Edmond du SOMMERARD
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Né le 26 avril 1817 à Paris, Edmond Du Sommerard y est décédé le 5 février 1885. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (41e division).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Du_Sommerard
https://www.appl-lachaise.net/sommerard-edmond-du-1817-1885/
Il a suivi une formation d’artiste peintre. Il a été conservateur de musée, historien de l’art (histoire de la céramique et des arts décoratifs, art médiéval et de la Renaissance), artiste.
Il est le fils du fondateur du musée de Cluny, Alexandre Du Sommerard, archéologue et collectionneur d’œuvres d’art ; il en est le premier conservateur, puis le directeur. En 1846, il devientmembre (puis vice-président) de la Commission des monuments historiques. Il est commissaire général de toutes les expositions de 1871 à 1878, En 1882, il est élu à l’Institut, membre libre de l’Académie des beaux-arts.
Pendant plus de quarante ans, il mène une activité infatigable pour développer et transformer la collection de son père, lui permettant de passer de 1 434 à plus de 10 000 numéros, faisant du musée de Cluny une institution de premier plan au niveau européen.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k141339s.r=edmond+du+sommerard.langFR
https://fr.wikipedia.org/wiki/Edmond_Du_Sommerard
(attention : La Dame à la licorne n’est pas une œuvre du Moyen Âge puisqu’elle est postérieure à 1515 !)
cf. le site de l’INHA, très complet :
https://www.inha.fr/dictionnaire-critique-des-historiens-de-lart-actifs-en-france-de-la-revolution-a-la-premiere-guerre-mondiale/du-sommerard-edmond-inha/
Charles-François ROSSIGNEUX
Né le 7 février 1818 à Paris ; décédé le 22 décembre 1907 à Paris à l'âge de 89 ans ; inhumé le 23 décembre 1907 au cimetière de Bourré (Loir-et-Cher)
Fils de Claude Antoine "Louis" Gérard Rossigneux, employé à la direction des postes (1813), percepteur des contributions et commandant de la Garde nationale du 9e arrondissement de Paris (1815), trésorier payeur général et colonel de la Garde Nationale, officier de la légion d'honneur (1788-1864)
et de Charlotte Marguerite Caroline Robert (1796-1858), rentière.
https://gw.geneanet.org/caracoco?lang=fr&n=rossigneux&p=charles+francois
(photographie studio Franck, 18 rue Vivienne, Paris, 1865)Artiste peintre (1843), architecte à Paris et dessinateur (1858). En 1868, le critique Edmond About le présentait en ces termes : « M. Charles Rossigneux, architecte en tout genre, qui construit la maison, décore l’appartement, dessine le mobilier, esquisse les vitraux, fait faire sur ses plans la vaisselle, les cristaux, l’argenterie et même les bijoux de madame … ». (« Le Salon de 1868 », Revue des Deux Mondes, 1er juin 1868, p. 744)
https://www.revuedesdeuxmondes.fr/article-revue/juin-1868-3/Son influence fut grande sur la Manufacture des Gobelins à laquelle il appartint plus de vingt ans, comme membre de la Commission de perfectionnement.
Marié le 16 août 1873 à Paris avec Marie Céline "Julia" Tournyer de Lalande (1837-1894) (Parents : Antoine "Victor" Tournyer (vers 1799-1854) et Marie "Adeline" Delalande de Vallières (1808-1868).
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« Quoi qu'il en soit, la nouvelle déchaîna des réactions fort diverses chez les trois protagonistes.
"Il ne faut pas qu'elles quittent la France, s'écria Sommerard, c'est la fin de tout si elles échouent chez ce Turcaret en Autriche !
— Précisément, répondit Rossigneux, c'est notre meilleur moyen d'éveiller, enfin, la conscience de nos Monuments Historiques. Mon cher Edmond, nous devons absolument en parler à notre ami Guilhermy, qui tient bien sa place à la Commission. Vous pourriez, à vous deux, y remettre la question sur le tapis ; c'est le cas de le dire." Rothschild ne l'inquiétait pas. Il l'avait connu à l'exposition de Vienne de 1873, dont il avait été l'un des organisateurs. Il le connaissait très circonspect, et il ne le voyait pas achetant une œuvre d'art détériorée. C'est le "mouton" rêvé pour émouvoir nos messieurs de la Commission.
Quant à Gabriel, qui n'apportait aucun fanatisme à la cause nationale, et pour qui l'Art n'avait pas de patrie, il ne voulait que faire quelque chose pour sa ville "qui lui devra un cierge ainsi qu'au sous-préfet." Car Javal partageait entièrement son optique et, par là représentait avec lui les intérêts boussaquins.
Les choses ne traînèrent pas ; trois semaines après, une lettre de Rothschild annonçait sa venue à Boussac, accompagné par Jean Girette, pour le samedi 28 avril par le train du matin. Point n'était besoin d'aller les chercher à la gare de Lavaufranche ; ils arriveraient directement en ville par la tapissière des messageries, leurs places étant déjà retenues. Javal hébergerait le nabab à la sous- préfecture. »
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Ferdinand Marie NOLASQUE DE GUILHERMY
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Né à Londres le 18 septembre 18081 et mort à Paris 10e le 27 avril 1878), le baron Ferdinand de Guilhermy est historien et archéologue français. Il est le fils de Jean-François-César de Guilhermy (1761-1829), homme politique français émigré en Allemagne en 1791, puis en Angleterre en 1803 et de Marie Mélanie Adélaïde Angélique Félicité de Lambertye (1782-1855), mariés à Londres le 13 février 1806.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ferdinand_de_Guilhermy
Léopold Ernest JAVAL, 25e sous-préfet de Boussac
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Il a 33 ans en 1876
Léopold Ernest Javal est un haut fonctionnaire français né à Paris le 25 septembre 1843 et mort le 1er septembre 1897 à Plombières-les-Bains (Vosges).
Second fils du banquier Léopold Javal (1804-1872) et d'Augusta de Laemel (1817-1893), il épouse Sarah Marie Justine Seligmann (1855-1910), fille d’Adolphe Seligmann, président du tribunal de grande instance de Nice, et de Louise Worms, nièce d'un des associés de la Banque Seligmann et Cie. Le couple aura une fille, Marguerite Rachel Adèle Javal (1879-1954).
Issu d'une famille aux convictions républicaines, il est lieutenant volontaire des gardes mobiles de l’Yonne pendant la guerre franco-prussienne de 1870 -1871.
Après des études d’ingénieur, il entre dans la fonction publique : sous-préfet de Boussac (1877), d’Aubusson (1877), de Lunéville (1880), et de Douai (1881), préfet de la Creuse (du 30 décembre 1881 au 13 février 1883, remplacé par Émile-Mathieu-Joseph Hélitas), inspecteur général des services administratifs au ministère de l’Intérieur (1883), puis nommé directeur de l’Institut national des jeunes sourds le 19 décembre 1884. À la suite d'observations faites au cours d'un séjour prolongé aux États-Unis, il introduisit dans l'institution diverses innovations, dont l'entraînement manuel et la méthode orale d'instruction des sourds-muets. Il fut fait chevalier de la Légion d'honneur en 1888.
https://gw.geneanet.org/arielc1?lang=fr&n=javal&p=leopold+ernest
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« Monsieur de Rothschild » se voit attribuer le salon au balcon, où avait logé George Sand en 1871, sommairement aménagé.
« Sur la table, Gabriel avait laissé en évidence, ouvert aux bonnes pages, le "Journal d'un voyageur pendant la guerre" de Madame Sand : de la baronne au baron. »
Le jour de son arrivée, vers deux heures, on se porta vers le château. « Monsieur de Rothschild réclama un escabeau pour examiner de plus près les tapisseries au bout de son lorgnon et deviner formes et couleurs à travers leur crasse. Après le thé, ce fut le tour de la mairie pour un premier examen, et l'on remit au lendemain matin le fond de l'enquête, car le baron demandait qu'on les décloue du sol et qu'on en défasse les bordures. […]
Le lendemain matin, les tapisseries de la sous-préfecture étaient prêtes, sorties de leur bordure de bois, comme celles de la mairie, déclouées et marges dépliées visibles… »
M. de Rothschild fait savoir qu'il serait acquéreur des trois panneaux de la mairie pour la somme de 5 000 francs, montant dont il ne démordra jamais par la suite. Sur le quai de la gare de Lavaufranche, il précise à Gabriel qu'il demande leur transport à l'Hôtel de Ville de Paris pour expertise, estimation et évaluation des possibilités de restauration.
La gare de Lavaufranche
Gabriel écrit à sa mère : « Nous avons passé la journée avec le Rothschild, qui est fin comme tout et qui ne veut pas apparemment s'emballer, mais je crois qu'il "mord" – ceci entre nous, ne dis rien à Jean [Girette] – je pense que cela se fera ..."
Cette visite mémorable eut des conséquences considérables dans tous les domaines.
Le lendemain, 1er mai 1877, à huit heures du matin, le conseil municipal de Boussac se réunit en séance extraordinaire sous la présidence du maire, Auguste Desfosses-Lagravière.« Elle se déroula dans un climat d'extrême agitation. Le conseil, issu des élections d'octobre, se comptait essentiellement radical, grâce à l'alliance contre-nature des bonapartistes suscitée par Gambetta, face au maire conservateur maintenu, Me Desfosses-La Gravière. La guerre de Troie n'est rien au regard des affrontements un sein d'une petite ville de province, au moment où se développaient les prémices du seize mai. »
https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_du_16_mai_1877Lecture est faite d'une lettre du baron de Rothschild qui demande à la ville de Boussac qu'on expédie les tapisseries de l'hôtel de ville à Paris afin de les faire examiner. Car avant d'en devenir acquéreur, il désire s'assurer si elles sont susceptibles d'être réparées.
Sur le fond, tout le monde est d'accord :
— Le conseil municipal, dans l'intérêt de la ville, accepte la proposition de M. de Rothschild et décide après en avoir délibéré que les tapisseries seront expédiées à Paris sans frais pour la municipalité et seront accompagnées par un délégué nommé par le conseil municipal.
Mais les discussions sont assez violentes entre le maire et ses rares soutiens et l’ensemble du conseil qui prend systématiquement le contre pied. Invité par le conseil à mettre aux voix la nomination du délégué, le maire s'y refuse et dit que le choix de cette personne n'appartient qu'à lui. Le conseil, Louis Gilbert premier adjoint en tête, passe outre et fait voter un ordre de mission pour Charles Piquand.
— Le conseil, à l'unanimité des membres présents moins M. le maire, désigne comme délégué M. Piquand, membre du conseil municipal.
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Charles Denis PIQUAND
Docteur en médecine à Boussac dans L’indépendant de Boussac, organe spécial des intérêts de l’arrondissement ; journal politique, littéraire, industriel, agricole et d’annonces légales ; paraît tous les jeudis ; cf. n° du 18.02.1892.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k988725q
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« En ville, la population mâle vibrait de la même agitation que celle qui animait ses édiles. La presse locale s'était emparée de cette question des tapisseries qui alimentait toute conversation. Elle hurlait à la trahison, le patrimoine national bradé aux "Prussiens". Les criminels avaient osé les déclouer…
Des lettres, des pamphlets circulaient. Inquiet, Gabriel déjeuna chez le préfet de Guéret : "En ma qualité de protecteur de l'œuvre inventée par moi, et sentant qu'il ne tallait pas perdre de temps, j'ai prié le Préfet d'arranger les libelles et aujourd'hui, entre le café et le petit verre, la chose est faite. Par ailleurs, il envoie une dépêche à Rothschild pour le presser de conclure et lui confirmer qu'il ne voulait rien recevoir de lui."
L'écho des troubles de ce Landerneau du Massif Central parvint jusqu'à Paris et fut relayé par la presse de la capitale.
Le ministère, consulté sur l'envoi des tentures, réclama un rapport et le sous-préfet, flanqué d'un conseiller municipal, dut aller s'expliquer avec le ministre, en l'espèce [William Henry] Waddington. »Vint le 16 mai. Dès l'aurore du 17 mai, le cabinet Broglie était formé ; le jeune Fourtou, nommé à l'Intérieur, quoique lié à aucun des partis, n'y alla pas de main morte, la purge commença sur le champ. Le soir, à Boussac, au moment où il mangeait avec Gabriel et le général Alfred Bocher les restes du banquet du conseil de révision de la veille, Javal reçut la dépêche de sa révocation. Et l'on se demanda à nouveau : "Qui sera le successeur ?"
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Louis Alfred BOCHER (1818-1885)
« Entre le 21 et le 28 mai 1871, la Commune de Paris vit ses derniers jours. Face à l’armée, femmes et hommes se battent quartier par quartier, barricade par barricade. Sur la Butte-aux-Cailles et dans la vallée de la Bièvre à ses pieds, la résistance est acharnée. […]
Le 25 mai 1871, trois colonnes versaillaises dirigées par le général de brigade Alfred Bocher s’avancent sur les boulevards Port-Royal et Arago en direction des Gobelins. […]
Des centaines de prisonniers sont exécutés. Bilan humain de la "semaine sanglante" : entre 3 000 et 5 000 fédérés tués au combat et au moins 15 000 autres massacrés, selon des chiffres qui ne font pas consensus parmi les historiens. Des morts sans sépulture enfouis dans "ce tragique sous-sol de Paris", selon la formule de Victor Hugo. » (Léa Desportes, journal l’Humanité du 2 avril 2022)
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« Le ministère de Broglie, dit de "l'Ordre moral", à défaut de réussite, eut la vertu d'accélérer les choses dans l'affaire des tapisseries.
Le nouveau ministre de l'Instruction publique, des cultes et des Beaux-Arts, [Joseph Mathieu] Brunet, un haut magistrat, parmi tant d'autres à lui soumis, tiqua sur le dossier Boussac, d'ailleurs très exemplaire en ces circonstances. Ce n'était vraiment pas le moment de laisser filer à l'étranger une œuvre d'art française, peut-être de premier ordre. De plus, c'était un ami de Charles qui put lui-même plaider cette bonne cause.
Rossigneux s'était, du reste, concerté à trois avec Du Sommerard et leur vieil ami le baron de Guilhermy qui, à 70 ans passés, ne manquait aucune séance de la Commission des Monuments Historiques.
Ils conclurent qu'il était facile, non seulement d'établir le droit de préemption de l'État, mais encore que celui-ci pouvait interdire la sortie de l'œuvre d'art du territoire national.
Ils instruisirent un dossier complet que Guilhermy fut chargé de défendre à la Commission. Celle-ci se réunit le 24 mai et, comme convenu, le vieil archéologue rappela les tapisseries de Boussac, révéla les transactions en cours avec le Rothschild de Vienne, démontra que l'État pouvait s'y opposer et bloquer la situation en s'instituant le seul acquéreur possible, sur un prix convenant aux deux parties, enfin que Cluny acceptait de les recevoir, les restaurer, les entretenir. Son plaidoyer entendu, la Commission décida une enquête sur place et mandata à cet effet l'un de ses membres particulièrement au fait, Monsieur Du Sommerard.Celui-ci n'avait pas attendu la décision de ses collègues et avait fait contacter une personnalité locale compétente pour lui rendre compte en toute objectivité, Monsieur Desmoulins. »
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François-Auguste DESMOULINS
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Photographie Marius à Paris, vers 1885
bibliothèque de l'Hôtel de ville de ParisNé le 18 avril 1823 à Noisy-le-Grand, mort le 22 mars 1892 à Neuilly-sur-Seine ; ouvrier typographe, puis instituteur, homme politique, fouriériste et pacifiste, disciple de Pierre Leroux dont il était un des gendres.
En 1876, il créa une bibliothèque coopérative dans le 17e arrondissement. En octobre 1876, il fut délégué de la Société pour l’extension de l’éducation libre au Congrès ouvrier de la salle d’Arras, à Paris, avec Jean Barberet (délégué de la Bibliothèque coopérative du 17e arrondissement) dont il partageait les conceptions coopératives et corporatives. Il fut désigné par le Congrès comme rapporteur de la question de l’enseignement professionnel.
https://maitron.fr/spip.php?article135908
https://livre-des-visiteurs.familistere.com/visitor-ajax/189
https://books.openedition.org/pur/7806?lang=frLe journal L’indépendant de Boussac, « organe spécial des intérêts de l’arrondissement ; journal politique, littéraire, industriel, agricole et d’annonces légales » du jeudi 31 mars 1892, annonce ainsi sa disparition :
« BOUSSAC, nécrologie. – On annonce la mort de M. Auguste Desmoulins, ancien conseiller municipal de Paris, à l’âge de soixante-dix ans.
M. Desmoulins avait été proscrit après le 2 décembre ; il était un des disciples enthousiastes de Pierre Leroux, et avait organisé avec lui la communauté de Boussac, où l’Éclaireur et la Revue sociale répandaient les théories de la République démocratique et sociale tant préconisée du glorieux philosophe. »
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Voici, après son expertise, le rapport d’Auguste Desmoulins, rédigé sur le bureau même de Gabriel Bourdon et sur son papier à en-tête :
« Cher Monsieur
Je viens, en compagnie de Mr G. Bourdon receveur des Finances, de voir les tapisseries exposées à la mairie et à la sous-Préfecture de Boussac : Je m'empresse de vous communiquer le résultat de ma visite, à tous les points de vue, car j'ai causé avec le Maire et avec le Sous-Préfet et suis plus parfaitement au courant de l'opinion du Conseil Municipal et de la Ville.
Il vous sera, je dois le dire en toute sincérité, absolument impossible d'acquérir ces tapisseries pour le prix de 20 000 F ; le Maire me paraît opiniâtrement décidé à refuser et il sera soutenu par le Conseil, le sous Préfet de son côté me semble peu disposé à aller à l'encontre de cettz décision, car il se mettrait à dos la Mairie et le Conseil.
J'ai vainement insisté, dans votre intérêt et celui de l'État, sur les dépenses énormes que nécessiterait la restauration des trois tapisseries de la Mairie. Je ne pouvais d'un autre côté, dire que j'ai pu trouver d'aussi puissants arguments après un examen très long et très attentif de celles de la Préfecture ; à part le tapis ovale du bas qui a été rogné, ri la bordure dont on a des morceaux dans la tapisserie de la Mairie, ce qui aiderait à les reconstituer toutes dans l'état primitif, elles m'ont paru très belles et je ne me souviens pas en avoir vu de plus intéressantes, au point de vue archéologique et artistique : ces trois dames sont admirablement belles, le dessin en est d'une pureté merveilleuse, et quant aux nuances, aux mille tons variés des étoiles, des ornements, des animaux qui les animent, il n'y a qu'à les admirer !
Ceci, bien entendu, est mon opinion personnelle que je me suis bien gardé d'émettre, mais que je me suis réservé de vous communiquer, ne serait-ce que pour vous féliciter d'avoir désiré acquérir d'aussi belles tapisseries. L'État ne pourrait que vous remercier bien hautement, mais je crains bien que pour arriver à ce résultat désirable, vous ne soyez obligé d'augmenter de beaucoup la somme proposée.
Si vous vous décidez en effet à offrir un prix de 40 ou 50.000 f, vous pourrez espérer posséder ces belles tapisseries et aucun connaisseur ne trouvera ce prix exagéré, loin de là. L'État serait lui-même le premier, j'en suis sûr, à vous applaudir.
Je n'ai aucun avis à émettre à cet égard, bien entendu, et, si je me permets de vous parler ainsi, c'est que par la lettre que m'a écrite Mr Fath de votre part, je me suis considéré comme moralement engagé à vous dire toute la vérité.
Je l'ai dite : il ne me reste plus qu'à vous souhaiter de réussir dans l'acquisition de ces deux tapisseries ; la somme de 40 ou 50.000 F (c'est à vous de décider mais on ne la cédera pas à moins) pourrait être payée par annuités de 5 000 F : c'est, je crois, d'après les bruits recueillis, ce qui conviendrait le mieux à la Ville.
Veuillez agréer, cher Monsieur, l'expression de mon respectueux dévouement.
Desmoulins »
(Théodore Georges FATH ; 1818-1900 ; est un auteur dramatique, illustrateur et écrivain français.)
Informé des décisions de la Commission par son oncle, Gabriel écrit à Sommerard le 29 mai :
« Les tapisseries sont rares, très curieuses et par leur originalité méritent l'attention de l'État ou des Crésus et je ne doute pas qu'une personnalité comme la vôtre n'ait une grande influence dans la question. »
Edmond du Sommerard prend le train du soir le dimanche 12 juin et trouve Gabriel à Lavaufranche le lendemain. Dès son arrivée à Boussac, il veut tout de suite voir les tapisseries.
« Devant les employés qui, de leurs pupitres, levaient des yeux ébahis, il commença d'examiner longuement ces magnifiques pièces. Au fur et a mesure de son inspection, Gabriel le sentait littéralement soufflé, saisi d'émotion el converti. »
Il comptait rester quelques jours à Boussac, pour discuter avec les représentants de la ville et pour examiner à nouveau les tapisseries. « II fallait certainement les arracher à la mort lente et ignominieuse dans ce trou de béotiens. Était-il encore temps ? C'est ce qu'il se demandait. Pouvait-on encore le faire el qui en serait capable ? »
Le lendemain mardi 14, chez Gabriel, le dîner officiel réunit, Fanny, la mère de Gabriel, Edmond du Sommerard, le vicomte René de Levezon de Vésins (le sous-préfet tout juste arrivé), le juge de paix mélomane, le couple de Magnac et madame de Magnac douairière.
L'après midi du mardi 14 est consacrée à une grande excursion aux Pierres Jaumâtres et à Toul-Sainte-Croix. Dans la matinée du lendemain, Edmond du Sommerard rédige, sur le papier à en-tête du « receveur particulier des finances » de la Creuse, le brouillon de son rapport au ministre. Il repart de Boussac le mercredi, après le dîner, par le train de nuit.
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Jean-Marie - René DE LEVEZON DE VÉSINS (vicomte)
26e sous-préfet de Boussac du 24 mai 1877 (remplace Léopold Ernest Javal) au 3 juillet 1877 (est remplacé par Jules Sonier de Lubac)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_de_L%C3%A9v%C3%A9zou_de_Vezins
René (Jean Marie René) (Castres, 12 mars 1841 - 1921), sous-préfet, secrétaire général de préfecture, épouse en 1867 Eugénie Paule Angèle Abadie (1850 - 1929)
Petit neveu du vicomte François René de Chateaubriand qui écrit dans une lettre au vicomte de Vésins, son neveu : « La nouvelle que vous me donnez ... m'a fait le plus grand plaisir ; mais comme je suis superstitieux, j'aurais voulu que votre fils portât un autre nom que celui de René : C'est un nom de malheur ... Mille tendresses à ma nièce... ».https://man8rove.com/fr/famille/de-L%C3%A9v%C3%A9zou-de-V%C3%A9zins
Le couple DE MAGNAC
et madame DE MAGNAC douairière« En 1293, apparaît Belle-Assez de Brosse (ou Belleassez) sœur de Pierre Ier de Brosse, seigneur de Sainte-Sévère, Huriel et Boussac qui épousa Ythier II de Magnac, seigneur de Cluis-Dessus. De ce mariage naquirent Ythier III de Magnac, qui fut aussi seigneur de Cluis-Dessus et Eude qui eut le Repaire et son château fort. »
https://cluis.fr/wp-content/uploads/sites/337/2022/11/Magnac.pdfLouis de Neuville, baron de Magnac, seigneur de Neuville, Morinière, Argental et Lagny, 1er baron de La Marche.
https://man8rove.com/fr/blason/13bqoo9-magnac
https://gw.geneanet.org/pierfit?lang=fr&n=de+magnac&p=ithier
« La famille de Magnac, originaire de Magnac (aujourd’hui Magnat-Lestrange, Cr.), était l’une des plus anciennes familles d’extraction chevaleresque de la Haute-Marche. Ithier Ier de Magnac vivait en 997. Un autre Ithier de Magnac participa à la seconde croisade et mourut en 1147 à Laodicée (Turquie). Ithier II de Magnac hérita avec son frère Odon de leur oncle Eudes de Cluis de la riche châtellenie de Cluis (Indre) en 1260. Il accompagna Louis IX à la croisade de Tunis en 1270. Aymeric de Magnac fut maître des requêtes des rois Jean II et Charles V. Les Magnac conservèrent leur seigneurie de Magnac jusqu’en 1516. Leur descendance fut maintenue noble en 1667. Charles de Magnac (1741-1830) émigra en 1792 et s’engagea dans l’armée de Condé. Son arrière petit-fils Marie-Ethier (1848-1884) fut le dernier du nom. »
https://palisep.fr/bibliotheque/jalouneix/partie2.pdf (p. 454)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Magnat-l%27%C3%89trangeMarie Éric Itier de Magnac : né le 25 mai 1848 à Clermont-Ferrand), fils de Julien Joseph de Magnac et de Marie Amable Antoinette Clotilde Onslow. Marié le 24 octobre 1872 à Paris, avec Henriette Cretté de Palluel (1850-).
Jeanne Gabrielle de Magnac (1805-1883), mariée avec Jules Henri de Louan de Coursais (1794-1863), conseiller général du Cher, capitaine au régiment des dragons de la Gironde. Deux enfants : Gabriel Balthazar (1828-1886) et Marie Eugénie (1831-)
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Rentré à Paris, le 17 juin 1877, du Sommerard écrit une lettre à Gabriel :
« Cher Monsieur,
Je tiens à vous remercier encore de votre aimable accueil comme de votre gracieuse hospitalité : je suis arrivé à Paris hier soir après un trajet un peu chaud ; et ce matin j'ai donné à la Commission des Monuments Historiques que présidait le Ministre, communication de mon rapport sur l'état des tapisseries.
Mes conclusions sont approuvées et la Commission a voté une somme de 20 000 Frs en échange des tapisseries, si cet arrangement convient à la municipalité de Boussac... J'ai écrit de suite à M. le sous-Préfet pour le prier d'être, comme il lui appartient, mon intermédiaire dans cette transaction que le ministre me charge de suivre. J'ai eu grand plaisir à obtenir ce chiffre qui est considérable, en l'état des tapisseries surtout. La somme serait payée en quatre annuités et appliquée par l'autorité locale à tel usage qui pourra lui convenir. Il me semble qu'il est impossible de mieux arranger les choses.
Si la ville accepte, je fais venir les tentures, je les fais restaurer et nous les placerons à l'Hôtel de Cluny ; sinon, rien ne sera fait et les tapisseries qu'on ne soignera jamais à Boussac, sont perdues. Notez que je n'ai nullement fait intervenir dans mon calcul l'impossibilité où se trouve la Ville de vendre ses tapisseries. J'ai, au contraire, maintenu le chiffre de 20 000 f dans la pensée que j'ai développée très haut que la Commission fasse les choses largement.
Je déclare que jamais, au grand jamais, je ne donnerais pareille somme pour les tapisseries si je les trouvais dans une vente publique.
Je laisse à M. le sous-Préfet le soin de s'entendre avec le Maire et le Conseil Municipal. S'il réussit, tant mieux pour la Ville ; sinon, il me restera le plaisir d'avoir passé des jours agréables avec vous.
Mille amitiés
E. du Sommerard »
René de Vésins, le sous-préfet de Boussac tout juste arrivé est mis en disponibilité, sur sa demande, et remplacé par Jules Sonier de Lubac, ancien sous-préfet.
Le 18 août 1877, du Sommerard écrit à M. de Lubac :« Cher Monsieur,
J'ai trouvé hier, en arrivant à Paris, la lettre que vous avez eu l'obligeance de m'écrire au sujet des tapisseries de Boussac. Je m'empresse de vous en remercier et profite de l'occasion pour vous dire que la situation véritable n'est pas celle que vous croyez.
Il ne s'agit nullement pour moi d'acheter les tapisseries de Boussac et de les avoir au meilleur marché possible et quand même il en serait autrement je n'y mettrai, aurais-je à ma disposition tous les bijoux de Golconde, ni 50 000 ni même 40 000 f et je ne mettrais pas un centime de plus que ce que j'ai déjà proposé. Mais là n'est pas la question.
La Ville de Boussac a voulu vendre ces tapisseries ; elle n'en avait pas le droit. Le gouvernement a posé son veto et comme Boussac n'a les moyens ni de restaurer ni de conserver ces tapisseries, le Ministre m'a chargé, sur l'avis de la Commission des Monuments Historiques, d'aller les voir et de lui faire un rapport.
Le plus grand désir de la Commission est que les objets d'art soient conservés à leur lieu d'origine. J'ai donc demandé au Maire s'il pouvait approprier un local pour y conserver les tapisseries. Il a répondu négativement.
Alors j'ai conclu dans mon rapport en disant que le seul moyen était de faire réparer les tapisseries aux frais de l'État et de les placer à l'Hôtel de Cluny – si la Ville de Boussac y consentait – en lui donnant une indemnité de 20 000 f dont elle ferait l'usage qui lui paraîtrait convenable. Ma proposition a été approuvée.
Maintenant si la Ville ne se décide pas à l'accepter, les tapisseries resteront à Boussac et y périront probablement, puisque la Ville ne peut pas les vendre, ne peut pas les restaurer, et ne peut pas les placer.
Ce serait fâcheux, mais la faute n'en sera qu'aux autorités de Boussac qui ont l'air de croire qu'on veut faire une affaire à leur détriment et qui s'exagèrent absurdement la valeur vraie de ces tapisseries.
La somme de 20 000 f offerte par l'État est une très large compensation. Elle ne sera pas augmentée d'un centime et si M. le Maire de Boussac n'en veut pas, les choses en resteront là et si ses tapisseries périssent, à lui la responsabilité. Merci encore pour toute votre amabilité ; veuillez être mon interprète auprès de M. Bourdon et lui présenter toutes mes amitiés.
Bien à vous.
E. du Sommerard »
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Jules SONIER DE LUBAC
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Jules Sonier de Lubac (né le 13 mars 1833 à Valence, Drôme – décédé le 7 septembre 1920, à l'âge de 87 ans) a épousé Eugénie Passerat de Silans. Leur fille Louise épousera le 8 septembre 1885 Anne-Marie-Louis-Adrien de Kesling de Berg (1857-1944), baron et lieutenant-colonel de cavalerie.
Propriétaire, littérateur et historien, il est maire de Cornas de 1863 à 1870 et conseiller général de Montpezat (Ardèche). Il est nommé le 27e sous-préfet de Boussac le 3 juillet 1877. Émile-Mathieu-Joseph Hélitas le remplacera le 30 décembre de la même année.
Émile-Mathieu-Joseph HÉLITAS
Né le 26/07/1843 à Chamborêt (Haute-Vienne) de Josèphe Hélitas, géomètre propriétaire, conseiller d'arrondissement, conseiller général de la Haute-Vienne pendant 20 ans, juge de paix en 1848, révoqué en 1852 et d'Anne Céline Roumylhac.
Deux oncles proscrits et morts en exil du côté maternel.
Marié en octobre 1870 à Catherine Isabelle Barathon de Reugny née vers 1850. Décès : 1907-10-17 à Chamborêt.
Parcours professionnel : collège de Magnac à Laval ; lycée à Limoges. Engagé volontaire, septembre 1870. Capitaine de mobilisés de la Haute-Vienne, 1870-71. - Collabore au journal Le Libéral du Centre, 1867-70 ; conseiller municipal de Chamborêt en 1869 ; adjoint au maire en 1871, révoqué, 24 mai ; maire en 1876, révoqué, 16 mai 1877.
28e sous-préfet de Boussac du 30 décembre 1877 au 13 février 1780 ; d'Aubusson et de Cherbourg. Préfet de la Haute-Loire, de la Charente-Inférieure, de la Loire.Clovis - Jean-Baptiste - Antoine MARSERON qui lui succède le 13 février 1880 sera le 29e sous-préfet de Boussac, puis d’Aubusson où il sera nommé le 5 octobre 1788.
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« La mise au point de Sommerard n'obtint aucun succès et chacun demeura sur ses positions et l'affaire, sans disparaître, végéta dans une sorte de purgatoire. »
Commentaire de Georges Sauvé :
« Le directeur de Cluny n'était pas totalement de mauvaise foi. La mairie était trop exiguë pour étaler les six panneaux sur ses murs. Il n'y avait que le château qui fût capable de les regrouper. Il était sans calorifère, si tant est qu'il en existât à sa taille. Puisque les Monuments Historiques ne demandent qu'une chose : que les objets d'art restent sur place, ils n'avaient qu'à installer le chauffage après la fin de leur restauration. L'ensemble leur coûterait moins que l'indemnité. Voire ! et la présence des bureaux ne garantissaient pas des sévices.
La solution Cluny était tout de même la plus raisonnable. Aussi bien les Boussaquins ne le contestaient pas ; seule la solution des problèmes financiers de la commune leur importait et ils estimaient la rançon proposée plus de deux fois insuffisante. On peut toujours épiloguer : si les responsables parisiens avaient réellement estimé à l'époque leur valeur exceptionnelle, ils auraient tenté d'en finir en acceptant les exigences de Boussac. Il faut croire que ce n'était pas aussi évident qu'aujourd'hui, après des années et des fortunes d'aménagement. Et puis en ces temps-là, on n'affectait pas aux œuvres d'art les sommes astronomiques de maintenant. On se constituait une galerie de chefs-d'œuvre avec des budgets qui nous paraissent actuellement dérisoires. »
En 1878, Gabriel Bourdon quitte Boussac pour Issoudun (Indre) où il est nommé « receveur particulier des finances » le 11 mars.
Georges Sauvé, le descendant de Gabriel Bourdon, conclut cette aventure ainsi :
« Néanmoins, pour lui, l'histoire était réglée ; il avait réussi ; tôt ou tard les gens de Boussac en viendrait à rabattre leur surenchère, fût-ce au prix d'un petit rajout de pure forme. La suite lui donnera raison. »
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Un incommensurable merci à Caroline, arrière-arrière petite fille de Gabriel Bourdon.