Le mythe est
le socle anthropologique sur lequel s'élève la signification historique.
Le
mythe est la plus scientifique des facultés. Gilbert DURAND, Le Nouvel
esprit anthropologique, Albin Michel, 1996 Ma
'philosophie' est une philosophie reposant avant tout sur l'imaginaire du Sapiens
Sapiens, le seul imaginaire qui nous soit connaturel et accessible. L'Imaginaire
(c'est-à-dire le réservoir anthropologique de toutes les représentations
possibles) est bien l'identité, donc 'l'indicateur' comme on dit en sociologie,
de Sapiens Sapiens. Gilbert DURAND, Fondements et perspectives d'une philosophie
de l'imaginaire C'est
une illusion bien superficielle que de croire qu'il y a des mythes 'nouveaux'.
Le potentiel génétique de l'homme, sur le plan anatomo-physiologique
comme sur le plan psychique, est constant depuis qu'il y a des hommes 'qui pensent',
c'est-à-dire depuis les quinze à vingt mille ans d'existence d'homo
sapiens sapiens. Gilbert DURAND, Introduction à la mythodologie,
Albin Michel, 1996 http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilbert_Durand http://fr.wikipedia.org/wiki/Mythanalyse http://1libertaire.free.fr/ImaginaireDurand.html Abordons
ensemble, le temps d'un chapitre, aux " rives " que nous présentent
les analyses de Gilbert Durand, ce " polythéiste chrétien "
et " individualiste " comme il se nomme lui-même, qui s'est "
toujours réclamé d'une scientificité à la fois 'rationnelle'
et 'empiriste' ", le mieux à même de nous livrer des pistes
d'appréhension de La Dame.
Dans
Le retour des dieux, un entretien ainsi nommé par Patrice van Eersel qui
en a recueilli les propos, Gilbert Durand dit : " Je pensais à
une banque de données sur tous les symboles, avec l'idée que les
souches archétypiques sont en très petit nombre, parce qu'elles
sont liées à la verbalité humaine. À nos verbes :
avaler, rendre, serrer, lâcher, descendre, monter... [verbes qui sont vraiment
à l'uvre dans La Dame] C'est ça la matrice de notre
imaginaire
Ma théorie des structures de l'imaginaire est celle-ci
: contrairement à Jung, qui fait entrer dans le symbole archétypal
beaucoup d'images qui sont déjà des projections, pour moi l'archétype
est verbal, c'est-à-dire, en fin de compte, rattaché à notre
gestuelle de base, qui remonte à la verticalité de notre grand-mère
Lucy, à la frontalité de sa vision, à l'évolution
de sa main, etc., bref à un tas de mouvements qui nous dotent d'une verbalité
: le verbe est un son accompagnant l'action - Bachelard l'avait bien dit : tout
cela est attaché à notre hominisation. J'en suis arrivé à
la notion que, chez les humains comme chez les animaux, il y a des groupes de
réflexes - disons des instincts, c'est plus simple -, qui inhibent tous
les autres et qui sont dominants
. On a donc une panoplie de réflexes,
qui nous donne les trois grands groupes structuraux sur lesquels j'ai fondé
tout mon travail. Ce sont des verbes : 1°) se dresser, se tenir debout, tomber,
chuter, etc. ; 2°) plus profond : avaler, croquer, déguster, boire,
emboîter... (bien sûr, le verbe déborde sur ses attributs :
on dira par exemple que la cruche "avale") ; 3°) et finalement copuler
: un groupe dans lequel s'introduit toutes les notions de répétitivité
et de rythme, comme chez les mammifères en train de copuler. C'est une
rythmicité visible, mais il y en a d'autres, comme les palpitations cardiaques,
l'inspir et l'expir, des rythmicités qui sont également dominantes-réflexes. Donc
ce sont des verbes qui sont à la base de nos archétypes. L'homme
est resté fondamentalement le même depuis Cro-Magnon. Oui. On a beau
le balancer sur la lune ou n'importe où, c'est toujours l'homme de Cro-Magnon
! Il a les mêmes capacités cérébrales, les mêmes
formes anatomiques, il ne faut pas se faire d'illusion : c'est le même.
Seuls les outils changent. De plus en plus dangereux. On est loin des haches de
pierres qu'utilisent encore les Papous - dont les "guerres" se soldent
au pire par un mort ! Aujourd'hui le premier gamin d'un pays en guerre auquel
vous donnez une mitraillette, peut tuer des centaines de personnes. Les instincts
de Cro-Magnon sont toujours là. Les bons et les mauvais... Le progrès
est un leurre, mais oui, il peut y avoir un perfectionnement individuel - et pourquoi
pas collectif ? " Le livre de
Gilbert Durand, Les Structures anthropologiques de l'imaginaire, dont la
première parution date de 1969, suivi linéairement, me servira de
canevas pour synthétiser en quelques paragraphes ce que je voudrais dire
de La Dame. A la paraphrase maladroite ou malhonnête, je préfère
la citation, même longue. Depuis que ce livre, cadeau somptueux au souvenir
inaltérable, est mien, je ne cesse de m'y plonger, accompagnant sa lecture
de celle des uvres de son maître, Gaston Bachelard. J'axerai essentiellement
mes remarques autour de la tapisserie conclusive du Toucher (La Tente),
qui est à mes yeux la pièce au symbolisme le plus riche et le plus
accompli.
S'y opposeraient selon moi,
dans la moitié supérieure, des images du Régime Diurne
affirmant une volonté farouche de revalorisation (de Mary, d'Antoine
Le Viste, du peintre Jean Perréal) après la " chute "
(la non-naissance d'un dauphin, d'un fils, l'éviction officielle) que dévoileraient,
dans la moitié inférieure, des images du Régime Nocturne. Dans
cette tapisserie, se confrontent deux moments historiques et psychologiques antithétiques
: le Régime Diurne de la psyché
" gravitant autour des schèmes ascensionnels et diaïrétiques
et promouvant des images purificatrices et héroïques "
et le Régime Nocturne convoquant des " gestes de la descente
(bijoux et multiples lunes minuscules de la robe) et du blottissement (le chien
sur le banc), se concentrant dans les images de mystère et de l'intimité.
" (pp. 305-306) 1-
Le Régime Diurne est " structuré par la dominante
posturale, ses implications manuelles et visuelles, et peut-être aussi ses
implications adlériennes d'agressivité " ; il concerne "
la dominante posturale, la technologie des armes, la sociologie du souverain mage
et guerrier, les rituels de l'élévation et de la purification ". "
Le Régime Diurne de l'image se définit d'une façon générale
comme le régime de l'antithèse ". Entre 'Ténèbres'
et 'Lumière', fuite devant le Temps et victoire sur la Mort. 1.1-
Premier volet : " les visages du temps dévastateur " et de la
mort qui seront à découvrir sous les symboles : ·
thériomorphes (symbolisme animal) que sont parfois la licorne et le
lion agressifs et menaçants, gueule ouverte, au sadisme dentaire (et peut-être,
mais si peu car euphémisés, les renards, les lionceaux, les chiens) ·
nyctomorphes (symbolisme temporel des ténèbres) à lire
dans le regard borgne du roi déchu (l'il anamorphique du Toucher-La
Tente), dans les larmes, le miroir, la longue chevelure de La Vue,
le 'lacs' brisé des cordes qui tendent la tente comme un destin coupé
par la Parque · catamorphes : (symbolisme de la chute) présents
dans la peur de L'Ouïe et de La Vue ; dans l'euphémisme
de la chair, son effacement par l'absence de " nudité " des jeunes
femmes ; dans cet intestin-gouffre, ce ventre digestif et sexuel qu'"est"
le coffret du Toucher (La Tente). 1.2-
Second volet de l'antithèse : " le sceptre et le glaive " à
découvrir sous les symboles : · ascensionnels de la verticalité
(les arbres, les hampes, les personnages) et de l'ascension (les oiseaux zénithaux,
les pointes des lances, des cornes), de la souveraineté ouranienne (roi,
père, chef) : gigantisation de Mary (dont la taille égale celle
de la tente), présence de Mary reine dans les deux Trônes (assise
en majesté, coiffée de ses couronnes) · spectaculaires
de la lumière et du soleil, de l'il et du verbe (la 'parole'
magique de la devise abolit le chaos et redonne mentalement le pouvoir à
celle et/ou celui qui la prononce, la clame) · diaïrétiques
(de séparation, de tranchage et de purification) des armes du héros,
du baptême et de la purification (les lances Le Viste bien sûr assurent
le rôle du 'glaive') (les 'falaises' de l'île sont-elles à
considérer comme des enceintes à dessein militaire pour ordonner
le chaos alentour, le contenir à l'extérieur du 'temple', du 'jardin
clos', comme une protection de Mary, son 'armure' ?)
Les
schèmes ascensionnels et diaïrétiques constituent le contrepoint
de la chute par une volonté de purification et de reconquête de la
transcendance déchue. Via les lances qui portent ses armes et les pointes
levées des croissants multipliés, Antoine Le Viste est porteur des
signes de lumière et de résurrection auprès de la Reine-Mère
(même si elle n'a que 18 ans) contre Louis XII, " fort antique et débile
" selon l'expression de Louise de Savoie, dont il ne subsiste qu'un regard
borgne. 1.3- Pour clore le premier
chapitre (les symboles ascensionnels) de la deuxième partie (le sceptre
et le glaive) consacrée au " Régime Diurne de l'image ",
p.162 de la dixième édition de 1984, Gilbert Durand écrit
: " En conclusion, les symboles
ascensionnels nous apparaissent tous marqués par le souci de la reconquête
d'une puissance perdue, d'un tonus dégradé par la chute. Cette reconquête
peut se manifester de trois façons fort voisines et que relient de nombreux
symboles ambigus et intermédiaires : elle peut être ascension ou
érection vers un au-delà du temps, vers un espace métaphysique
dont la verticalité de l'échelle, des bétyles et des montagnes
sacrées, est le symbole le plus courant. On pourrait dire qu'à ce
stade il y a conquête d'une sécurité métaphysique et
olympienne ". Cette première manifestation pourrait se lire dans
les verticalités des personnages, des animaux, des lances, des arbres et
des fleurs et dans la tente associable à une " montagne sacrée
" par sa forme. G. Durand poursuit
: " Elle peut se manifester, d'autre part, dans des images plus fulgurantes,
soutenues par les symboles de l'aile et de la flèche, et l'imagination
alors se teinte d'une nuance ascétique qui fait du schème du vol
rapide le prototype d'une sublimation de la chair et l'élément fondamental
d'une médiation de la pureté. L'ange est l'euphémisme extrême,
presque l'antiphrase de la sexualité ". Cette seconde forme serait
à déceler dans le combat aérien du faucon et de la héronne,
dans la corne élancée et quasi verticale de la licorne, dans la
présence des deux lances dans chaque tapisserie. L'absence d'hommes (si
l'on excepte les licornes et les lions dissimulant des personnages historiques)
est-elle à son tour euphémisation de l'ange ? La
conclusion se termine ainsi : " Enfin la puissance reconquise vient orienter
ces images plus viriles : royauté céleste ou terrestre du roi juriste,
prêtre ou guerrier, ou encore têtes et cornes phalliques, symboles
dont le rôle magique met à jour les processus formateurs des signes
et des paroles. Mais cette imagination du zénith appelle impérieusement,
comme l'a bien montré Eliade [Images et symboles], les images complémentaires
de l'illumination sous toutes ses formes ". La tapisserie du Toucher
(La Tente) offre à nos regards une " virilité monarchique
" par la présence métaphorique de Dieu ou du roi dans l'anamorphose
de l'il et dans la présence haute de la couronne fleurdelysée,
l'abondance des " cornes " de lune sur les oriflammes et les mâts.
La devise est " la parole " édictée et révélée
; l'or des lettres et des larmes, de la couronne et du sommet de la tente assure
" l'illumination " que l'" imagination du zénith "
de Perréal a projeté dans cette pièce conclusive des cinq
sens. Sont ainsi réunis, dans
cette tapisserie que je ne cesse de trouver la plus symbolique, le " verticalisme
ascensionnel " et le symbolisme de la lumière, de la vision et de
la parole qui rendent possible une " connaissance à distance ". Cette
"transcendance s'accompagne " ici " de purification " (dans
un sens selon moi non religieux) quand Mary abandonne le collier dans le coffret. Il
me semble que Le Goût (tapisserie où Mary est conquérante)
et Pavie (en l'absence des deux Trônes manquants) sont les
seules représentations d'une transcendance armée où le peintre
(et son commanditaire ami) campe à travers l'attitude similaire de la dame,
héroïne solaire, (Mary Tudor portant haut le faucon à l'aile
et au bec falqués et Anne de France tenant lance et corne) son audacieuse
témérité. Les autres tapisseries exposent une dame essentiellement
héroïne lunaire, résignée et bien triste, voire en larmes. "
Et l'on peut dire que l'actualisation du Régime Diurne de l'image se fait
par le glaive et les attitudes imaginaires diaïrétiques. Le Régime
Diurne est donc essentiellement polémique. La figure qui l'exprime est
l'antithèse,
et sa géométrie ouranienne n'[a] de sens
que comme opposition aux visages du temps : l'aile et l'oiseau s'opposant à
la thériomorphie temporelle, dressant les rêves de la rapidité,
de l'ubiquité et de l'envol contre la fuite rongeuse du temps, la verticalité
définitive et mâle contredisant et maîtrisant la noire et temporelle
féminité ; l'élévation étant l'antithèse
de la chute tandis que la lumière solaire était l'antithèse
de l'eau triste et des ténébreux aveuglements des liens du devenir.
C'est donc contre les visages du temps affrontés à l'imaginaire
en un hyperbolique cauchemar que le Régime Diurne rétablit par l'épée
et les purifications le règne des pensées transcendantes. "
(pp. 202-203) 2-
A l'opposé, le Régime Nocturne se subdivise " en
dominantes digestive et cyclique, la première subsumant les techniques
du contenant et de l'habitat, les valeurs alimentaires et digestives, la sociologie
matriarcale et nourricière, la seconde groupant les techniques du cycle,
du calendrier agricole comme de l'industrie textile, les symboles naturels ou
artificiels du retour, les mythes et les drames astro-biologiques. " (p.
59) " Le régime Nocturne de l'image sera constamment sous le signe
de la conversion et de l'euphémisme. " (p. 224)
2.1-
la descente et la coupe seront les maîtres - mots des symboles de l'inversion
et de l'intimité. 2.2.1-
les symboles de l'inversion · images de nourriture, de richesse
et de fécondité : Le Goût, L'Ouïe, Le Toucher (La
Tente) (multitude des éléments, des couleurs et des lignes) ·
lenteur de la descente (des bijoux dans le coffret) · euphémisation
du ventre sexuel et du ventre digestif (la tente, le coffret) · euphémisation
du temps : la musique comme nocturne (L'Ouïe) · antiphrase
de la femme fatale : Mary/Marie 2.2.2-
les symboles de l'intimité · euphémisation de la mort
: Le Toucher (La Tente) · le centre paradisiaque (l'Eden), l'enceinte
circulaire assimilée au ventre (les îles : ufs cosmiques, la
tente), l'enceinte carrée (Jérusalem) assimilée au refuge
défensif (les arbres) · le centre (le nombril de Mary toujours
au centre) · l'isomorphisme du Graal (la coupe du Goût,
de L'Odorat) · l'or (la devise, la couronne et les larmes de
la tente) 2.2- le cercle et l'arbre
seront les supports des symboles cycliques (mesure et maîtrise du temps)
dans l'espérance de vaincre le temps : les " histoires ", les
" récits ", des " mythes synthétiques qui tentent
de réconcilier l'antinomie qu'implique le temps : la terreur devant le
temps qui fuit, l'angoisse devant l'absence, et l'espérance en l'accomplissement
du temps, la confiance en une victoire sur le temps. Ces mythes avec leur phase
tragique et leur phase triomphante seront donc toujours dramatiques, c'est-à-dire
mettront alternativement en jeu les valorisations négatives et les valorisations
positives des images. " (p. 323) · les trois croissants de lune
des armes Le Viste · le Bestiaire de la lune (le lapin, l'agneau, le
serpent) · les quatre arbres · les fleurs " mariales
"
A demeurer exclusivement dans
le Régime Diurne, La Dame aurait débouché " soit
sur une vacuité absolue, une totale catharophilie de type nirvânique,
soit sur une tension polémique et une constante surveillance de soi fatigante
pour l'attention. La représentation ne peut constamment, sous peine d'aliénation,
rester l'arme au pied en état de vigilance ... Face aux visages du temps
une autre attitude imaginative se dessine donc, consistant à capter les
forces vitales du devenir, à exorciser les idoles meurtrières de
Kronos, à les transmuter en talismans bénéfiques, enfin à
incorporer à l'inéluctable mouvance du temps les rassurantes figures
de constantes, de cycles qui au sein même du devenir semblent accomplir
un dessein éternel ... Au régime héroïque de l'antithèse
va succéder le régime plénier de l'euphémisme ...
Et la psychanalyse a génialement mis en évidence que Chronos et
Thanatos se conjuguent à Eros. [Marie Bonaparte] " (pp. 219-220) 2.3-
Les structures synthétiques de l'Imaginaire " intègrent
en une suite continue toutes les autres intentions de l'imaginaire " (p.
399) : structures d'harmonisation des différences et des contraires (par
exemple entre le désir de Mary et/ou d'Antoine et celui des licornes et
des lions qui sont le Destin entravant le désir de 'nos deux héros').
Cette synthèse dont le but est d'accélérer le temps et de
la maîtriser est axée vers le futur. Ainsi apparaît dans les
civilisations le mythe du Fils, ce fils que réclame en la béance
de la tente/Tente " mon seul désir ".
3-
Ces deux Régimes de l'image sont " les deux aspects des symboles de
la libido. " " Tantôt en effet le désir d'éternité
compose avec l'agressivité, la négativité, transférée
et objectivée, de l'instinct de mort pour combattre l'Eros nocturne et
féminoïde
L'énergie libidinale se met alors sous l'autorité
d'un monarque divin et paternel, et ne tolère de la pulsion que son agressivité
mâle et sa combativité qu'elle assaisonne de purifications ascétiques
et baptismales. Tantôt au contraire la libido composera avec les douceurs
du temps, renversant comme de l'intérieur le régime affectif des
images de la mort, de la chair et de la nuit, c'est alors que l'aspect féminin
et maternel de la libido sera valorisé, que les schèmes imaginaires
vont s'incurver vers la régression et la libido sous ce régime se
transfigurera en un symbole maternel. Tantôt enfin, le désir d'éternité
semble vouloir dépasser la totalité de l'ambiguïté libidineuse
et organiser le devenir ambivalent de l'énergie vitale en une liturgie
dramatique qui totalise l'amour, le devenir et la mort. C'est alors que l'imagination
organise et mesure le temps, meuble le temps par les mythes et les légendes
historiques, et vient par la périodicité consoler de la fuite du
temps. " (pp. 223-224) Je trouve en ces lignes magnifiques de Gilbert
Durand " le secret " de La Dame à la licorne, non l'historique
mais celui qu'elle possède de nous " posséder " et de
nous faire rêver. 4- Cette
approche bipartite entre deux régimes du symbolisme recoupe celle, tripartite,
des " trois grands gestes
donnés par la réflexologie
" qui " déroulent et orientent la représentation symbolique
vers des matières de prédilection qui n'ont plus qu'un lointain
rapport avec une classification déjà trop rationalisée en
quatre ou cinq éléments. Et selon l'équation qu'établit
Leroi-Gourhan [L'Homme et la matière] : force + matière = outil,
nous dirons que chaque geste appelle à la fois une matière et une
technique, suscite un matériau imaginaire et, sinon un outil, du moins
un ustensile. C'est ainsi que le premier geste, la dominante posturale, exige
les matières lumineuses, visuelles et les techniques de séparation,
de purification dont les armes, les flèches, les glaives sont les fréquents
symboles. Le second geste, lié à la descente digestive, appelle
les matières de la profondeur : l'eau ou la terre caverneuse, suscite les
ustensiles contenants, les coupes et les coffres, et incline aux rêveries
techniques du breuvage ou de l'aliment. Enfin les gestes rythmiques, dont la
sexualité est le modèle naturel accompli, se projettent sur les
rythmes saisonniers et leur cortège astral en annexant tous les substituts
techniques du cycle : la roue comme le rouet [d'où les industries du textile
: filage, tissage
], la baratte comme le briquet, et finalement surdéterminent
tout frottement technologique par la rythmique sexuelle. " (p. 55)
Les images les plus belles
sont foyers d'ambivalence. Gaston BACHELARD, La Terre et les rêveries
de la volonté Les entrées
qui suivent dans l'ordre alphabétique illustrent sur des points précis
l'analyse ci-dessus. Comme une part de " ce jardin des images qui est notre
patrimoine intangible ", " images concrètes qui sont en moi et
qui sont en l'autre, qui sont en l'un et l'autre " (Gilbert Durand, Fondements
et perspectives d'une philosophie de l'imaginaire), forgées par 'Sapiens
Sapiens' en réponse à ses désirs.
agneau
: Il appartient au Bestiaire de la lune où il côtoie l'araignée,
la cigale, le dragon, l'écrevisse, l'escargot, l'ours, le serpent. Il apparaît
cinq fois dans La Dame, dans chaque tapisserie des Cinq Sens initiales
(pas dans Pavie où sa présence serait inexplicable). "
Par opposition au conquérant guerrier et solaire ", l'agneau chrétien,
emblème du messie lunaire, du Fils, est " doux et inoffensif ". G.
Durand, à la suite de Jung, note le " caractère mixte de l'Hermès
alchimique " : " L'alchimie ne tend pas à réaliser l'isolement
mais la conjunctio, le rite nuptial auquel succède la mort et la résurrection.
De cette conjunctio naît le Mercure transmué, appelé hermaphrodite
à cause de son caractère complet. Ces noces sont les Noces de l'agneau,
'forme chrétienne du Hiéros Gamos des religions orientales'
Le Fils est assimilé au Christ, au produit du mariage médiateur
dont on retrouve d'ailleurs des traces dans les légendes relatives à
la naissance de Bouddha : Mâyâ est engrossée par l'éléphant
blanc, l'Esprit, et met au monde le 25 décembre Siddhârtha, le futur
Bouddha ".
aile
: " Outil ascensionnel par excellence
", elle évoque " l'immortalité ascensionnelle ".
Dans son esquisse d'une 'ptéropsychologie', Bachelard convoque à
ses côtés la flèche pour évoquer l'élévation,
la pureté et la lumière. Dans les lances Le Viste et la corne de
la licorne, assimilées au rayon du soleil, sont conjoints les symbolismes
de la pureté, de la lumière, de la rectitude et de la transcendance. Par
les idées d'envol, de rapidité et d'ubiquité, les ailes des
oiseaux, les oiseaux eux-mêmes et les lances sont un contrepoint à
la fuite du temps. Leur verticalité mâle et la lumière solaire
à laquelle ils s'allient les opposent aux éléments d'un univers
imaginaire beaucoup plus féminin et nocturne : les croissants lunaires
par exemple. L'oiseau est " chargé
du phallisme de la puissance,
de la verticalisation, de la sublimation et, si le vol s'accompagne de volupté,
c'est, le remarque Bachelard [L'Air et les songes], d'une volupté
purifiée. " (p.146) arbre
: " Toute frondaison est invitation
à l'envol " écrit G. Durand (p. 395)
Dans
de nombreuses traditions, le serpent et l'arbre sont conjoints, le caducée
réalisant leur assemblage dans une " dialectique de deux temporalités
: l'une animale, emblème d'un éternel recommencement et d'une promesse
assez décevante de pérennité dans la tribulation, l'autre,
la végétale verticalisée en l'arbre-bâton, emblème
d'un définitif triomphe de la fleur et du fruit, d'un retour par-delà
les épreuves temporelles et les drames du destin, à la verticale
transcendance " (p. 369). Les quatre arbres de La Dame, "
arbres de vie portant fleurs ou fruits, voire les deux comme les orangers, font
preuve à mes yeux d'un " optimisme cyclique " et proclament par
leur verticalité proche de celle de l'humain la promesse de résurrection
et de triomphe. G. Durand note que " toute évolution progressive se
figure sous les traits de l'arbre rameux " assimilés à la destinée
humaine ; ainsi ont été dessinés et tissés les chênes,
les houx, les orangers et les pins qui dessinent autour de Mary et de Claude,
de la licorne et du lion, les limites sacrées du templum où chacun
d'eux peut " facilement " représenter " le produit du mariage
[du Dieu père et de la déesse mère], la synthèse des
deux sexes : le Fils " (p. 394) G. Durand résume comme suit le
symbolisme de l'arbre : " l'archétype temporel de l'arbre, tout en
conservant les attributs de la cyclicité végétale et de la
rythmologie lunaire et technique aussi bien que les infrastructures sexuelles
de cette dernière, voit l'emporter le symbolisme du progrès dans
le temps grâce aux images téléologiques de la fleur, de la
cime, de ce Fils par excellence qu'est le feu. Tout arbre et tout bois, autant
qu'il sert à confectionner une roue ou une croix, sert en dernière
analyse à produire le feu irréversible. C'est pour ces motifs que
dans l'imagination tout arbre est irrévocablement généalogique,
indicatif d'un sens unique du temps et de l'histoire qu'il deviendra de plus en
plus difficile d'inverser. " (p. 398) Athéna
: Son gigantisme est dû à sa
qualité de déesse qui fréquente des hauteurs inaccessibles
aux simples mortels. La dame de cette huitième tapisserie post-Pavie
en devient ainsi " surhumaine " et associe en elle : · élévation ·
puissance car la lance (tenue de la main droite) demeure l'arme mythologique préférée
d'Athéna. La corne-épée qu'elle tient de l'autre main signale,
par sa noblesse, sa puissance et sa rectitude morale. Par ce double geste, la
dame adoube Antoine Le Viste. · et lumière, par la présence
de cet " or " qui ruisselle depuis la pointe de son diadème qui
se veut le casque d'or de la déesse jusqu'au bas de sa robe, cuirasse en
feuilles d'or. Cette tapisserie s'intègre parfaitement dans cette intuition
humaine qui incite à représenter le plus souvent la patrie (on devrait
dire la matrie) sous l'apparence d'une femme (comme Athéna, Rome Germania,
Marianne, Albion), à la fois Grande Mère primordiale (Terre obscure
et enveloppante, grottes et fentes diverses, ondes aussi, où naissent les
enfants) et Femme rédemptrice et bienfaisante.
Bestiaire
: G. Durand note que de toutes les images, ce sont les images animales les
plus fréquentes et le plus communes. Relevant l'universalité et
la banalité du Bestiaire, il souligne sa pugnacité : " l'orientation
thériomorphe de l'imagination forme une couche profonde, que l'expérience
ne pourra jamais contredire tant l'imaginaire est réfractaire au démenti
expérimental " ; ainsi, " le serpent continue à piquer
malgré le biologiste " (p. 72).
A
l'image de la lune " à la fois luminaire et animal ", "
synthèse des hiérophanies opposées " qui "semble
avoir recours à la totalité du matériel symbolique "
et "annexe tout le Bestiaire " (p.339), Mary, déeesse-lune, tisse
un triple rapport avec les animaux (p. 359) : - elle est l'hostie que les fauves
déchirent (dans sa robe du Toucher (La Tente), la multitude des
lunes dans les volutes des grandes fleurs évoquent une telle fragmentation) -
elle est dompteuse (La Vue) ou chasseuse accompagnée de chiens (dans
Le Goût, Pavie) - elle pourrait être animal elle-même
comme Artémis devenue ours ou cerf, Hécate chien tricéphale,
Isis la vache Hator, Cybèle la lionne. En quel animal le peintre l'a-t-il
métamorphosée à notre insu ? Car,
G. Durand l'explique ainsi, " en l'animalité, l'imagination du devenir
cyclique va chercher un triple symbolisme : celui de la renaissance périodique,
celui de l'immortalité ou de l'inépuisable fécondité,
gage de la renaissance, enfin quelquefois celui de la douceur résignée
au sacrifice. " (p. 360) La Dame expose me semble-t-il ce triple symbolisme. bijoux
: Nombreux et magnifiques pour parer les
deux princesses et reines, ils sont les symboles directs de la sexualité
féminine.
centre
: Le Centre de l'espace a un " rôle médiateur et synthétique
". Si l'Est représente " l'aspect vainqueur du soleil levant
", l'Ouest, " l'aspect mystérieux et involutif, " le centre
" semble bien donner la clé rythmique et dialectique de l'équilibre
des contraires " (p. 58). Mary, rédimée, rachetée
après 'sa chute', en figure centrale d'une triade à caractère
thériomorphe, maîtresse d'animaux supports d'armoiries encore terrifiants
(surtout le lion). Au centre de chaque composition, elle est bien " l'arbre
multicolore " du Codex Borgia surmonté d'un quetzal, oiseau de l'Est.
Cet arbre cosmique, né du corps d'une déesse terrestre, symbole
de l'Ouest, est entouré par le Grand Dieu Quetzalcoatl qui s'est sacrifié
sur un bûcher pour donner naissance au Soleil et à Vénus et
par Macuilxochitl, dieu de l'aurore, du printemps, des jeux, de la musique, de
la danse et de l'amour. Dans La Dame, Mary est flanquée des deux
animaux qui à la fois la protègent et l'agressent : éléments
universels de la triade caducéenne. Mary toujours au centre, équilibre
les forces antagonistes que sont l'Est-léonin, pôle masculin du "
soleil levant, vainqueur éclatant " du Régime Diurne, et l'Ouest-licornin,
pôle féminin de " la lune, mystérieuse et involutive
", du Régime Nocturne.
chasse
: Dans La Dame, il ne s'agit pas de chasser la licorne. Le peintre
a déjà et magistralement traité le thème dans la tenture
des Cloisters de mon ami Howard. Il ne peut donc y avoir, comme à New York,
mutilation de l'animal, arrachement de sa corne pour en soustraire sa puissance
et sa " féminité terrible ". Dans Pavie, la
dame, c'est à dire la France, se réconcilie avec cette puissance
féminine en la touchant, elle s'y allie sans hallali, y puise une force
nouvelle, s'y reféminise. Pour l'écrire comme G. Durand : "
c'est la féminité terrible, c'est la libido destructrice
qui est ici exorcisée par la reconquête des symboles de la virilité
[dont la corne fait partie]. " La pensée prend un style héroïque
et viril dès l'acte guerrier ou l'exploit cynégétique. "
(p.161) Les symboles " ascensionnels " me paraissent avoir le même
dessein dans la série primitive des tapisseries de 1515 et dans Pavie
de 1525 : " souci de la reconquête d'une puissance perdue, d'un tonus
dégradé par la chute ", celle de Mary (du peintre et d'Antoine)
après la mort de Louis XII, celle de la France après Pavie. Cette
reconquête se manifeste de trois façons (p.162): · "
ascension ou érection " (la verticalité des arbres et des hampes,
des fleurs, de Mary, de la tente, des objets) pour " une sécurité
métaphysique et olympienne " · aile et flèche : dans
une métaphore de l'amour (la chasse du faucon, la pie, le faisan, les lances
et le penon de la tente) pour une " sublimation de la chair " et "
une méditation de la pureté " · royauté, corne
phallique et lumière (la couronne et les fleurs de lys, la licorne-lune,
le lion-soleil et les éléments dorés) pour une " souveraineté
virile " et des " processus formateurs des signes et des paroles ".
chien
: Les déesses - lune, Hécate,
Diane, Artémis, sont escortées de chiens. Il est le doublet domestique
du loup, symbole de la mort. Il est aussi, sous les traits d'Anubis, de Caron
et dans le nom païen de Saint-Christophe, Reprobatus, le " réprouvé
" au rôle de passeur de morts sur l'autre rive du fleuve des Enfers.
corne
: Dans chaque tapisserie, la corne de la
licorne affiche avec ostentation sa grâce et sa verticalité. Par
deux fois, la dame la tient en main/s : dans Le Trône 1 que George
Sand a vu et décrit où Mary tient une corne dans chaque main, dans
Pavie où Anne de France tient la corne dans sa main gauche. "
Dans l'anatomie animale, c'est la corne, imputrescible et dont la forme oblongue
est directement suggestive, qui va symboliser excellemment la puissance virile,
d'autant plus que ce sont les mâles d'animaux qui portent les cornes. Marie
Bonaparte note qu'en hébreu 'queren' signifie à la fois corne et
puissance, force, de même en sanscrit 'srnga' et en latin 'cornu'. La corne
non seulement par sa forme est suggestive de puissance, mais par sa fonction naturelle
est image de l'arme puissante. C'est en ce point précis que la Toute-Puissance
vient s'unir à l'agressivité ", du bien comme du mal. (p. 159) Pour
Mary et Anne, toucher la corne c'est annexer par appropriation de cet objet symbolique
la puissance de la licorne, dans un désir de pouvoir pour Mary du Trône,
dans un volonté d'exaltation guerrière pour Anne de France. C'est
aussi transmettre, dans chacune des occasions historiques évoquées,
ce désir et cette volonté aux armes d'Antoine Le Viste qui côtoient
l'animal sans la présence d'aucun autre personnage derrière la licorne.
La corne de la licorne n'est pas présentée en trophée comme
elle l'est dans La Chasse des Cloisters à la suite d'une émasculation
ou d'un scalp, mais elle fonctionne dans ces deux tapisseries clunysiennes comme
un talisman ou une amulette et, telle une figure d'écu, elle complète
les trois 'cornes de lune' des oriflammes et des hampes. coupe
: Avec le coffre, elle est liée à
" la descente digestive " et selon G. Durand, " le creux, comme
la psychanalyse l'admet fondamentalement, est avant tout l'organe féminin.
Toute cavité est sexuellement déterminée
Le psychanalyste
a donc parfaitement raison de montrer qu'il y a un trajet continu du giron à
la coupe. " Elle est aussi métaphore du voyage (Mary venue et repartie)
en cumulant " l'intimité du vaisseau et la sacralité du temple
" (p. 290). En unissant dans chacune des tapisseries des cinq sens (excepté
donc Le Toucher actuel qui n'appartient pas à la tenture initialement
conçue), les lances à des objets creux (coupe : Le Goût,
L'Odorat ; miroir et giron : La Vue ; tuyaux du positif et ventres
enceints : L'Ouïe ; coffret et tente : Le Toucher (La Tente),
La Dame expose " un raccourci, un microcosme de la totalité
du cosmos symbolique ". René Guénon (Le Roi du Monde)
a montré que la lance et le Graal sont associés par " complémentarité
psychologique " et non pour des raisons " historiques ", "
comme sont complémentaires le campanile et la crypte,
le poteau ou le bétyle et la source ou le lac sacré. " (p.
292)
Fils : "
Le symbole du Fils serait une traduction tardive de l'androgynat primitif des
divinités lunaires. Le Fils conserve la valence masculine à côté
de la féminité de la mère céleste. Sous la poussée
des cultes solaires, la féminité de la lune se serait accentuée
et aurait perdu l'androgynat primitif dont une part seulement se conserve dans
la filiation. Mais les deux moitiés pour ainsi dire de l'androgyne ne perdent
pas par leur séparation leur relation cyclique : la mère donne naissance
au fils et ce dernier devient amant de la mère en une sorte d'ouroboros
hérédo-sexuel. Le Fils manifeste ainsi un caractère ambigu,
participe à la bissexualité et jouera toujours le rôle de
médiateur. Qu'il descende du ciel sur terre ou de terre aux enfers pour
montrer le chemin du salut, il participe de deux natures : mâle et femelle,
divine et humaine. Tel apparaît le Christ, comme Osiris ou Tammuz
" (p. 344) Rien à ajouter ! fleur
: Ces fleurs qui flottent sur l'océan
garance de chaque tapisserie de La Dame sont des nefs miniatures. Le
cycle végétal (graine - fleur - fruit - graine ...) est à
l'unisson de celui de la lune et de ses phases successives (la 'lune noire' correspondant
à l'enfouissement de la graine). L'histoire des religions sur de nombreux
exemples montre " la collusion du cycle lunaire et du cycle végétal
". S'y retrouvent la " fréquente confusion sous le vocale de
'Grande-Mère' de la terre et de la lune, toutes deux représentant
directement la maîtrise des germes et de leur croissance " (pp. 340/1).
On sème à la nouvelle lune, on taille et on récolte à
la lune descendante. L'espérance " d'un retour, par-delà
les épreuves temporelles et les drames du destin, à la verticale
transcendance " se lit dans " le triomphe de la fleur et du fruit "
(p. 369) et dans le symbolisme du serpent et de l'arbre.
Hermès
/ Mercure : J'ai cru déceler sa présence
ténue dans les larmes de la tente que je rapproche des dessins de sa tunique
dans Le Printemps de Botticelli. Divinité lunaire, chtonienne et
funéraire, il est un grand voyageur dont les alchimistes empruntent les
traits qu'il aura vieillard et donc sage pour représenter le mercure.
Pour
lire mon analyse du Printemps : cliquer
ici île : Elle
est l'image mythique de la femme, de la vierge, de la mère. Pour Mary,
l'île où elle se tient sept (puis huit) fois : · le lieu
réel de sa naissance, l'Angleterre · le lieu sacré, le
" templum ", lié à sa fonction de reine de France et mère
du futur roi · le lieu symbolique de sa " mort " (c'est à
dire de son retour, de son absence pour Antoine et le peintre) mais aussi de sa
re-naissance dans la symbolique de l'île = sépulcre, retour à
la Terre-Mère, au Ventre · le lieu symbolique du retour au ventre
de la Mère-Patrie dans un isomorphisme de la mort et de l'intimité
maternelle, amniotique (Mary-nombril de chaque tapisserie au sein même de
l'omphalos cosmique) · la métaphore de la barque et/ou du berceau,
ce lieu clos où le temps s'arrête. Plus de lieu, plus de temps
Un
océan de rêve sur le mol océan des eaux. (Lamartine)
lapin : Jacques
Soustelle (La Pensée cosmologique des anciens Mexicains, Hermann,
1940) note la liaison étroite entre la lune et les nombreuses divinités
de l'ivresse appelées " les 400 lapins ", l'ivresse symbolisant
les diverses phases de la lune. Pour certains peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique,
les taches et ombres sur la lune sont nommées " les empreintes du
lièvre " et le lièvre y est animal héros et martyr comme
l'agneau est l'emblème du messie lunaire du Fils dans la mythologie chrétienne. larmes
: Liées à l'eau nocturne,
aux cauchemars, Bachelard (L'Eau et les rêves) voyait en elles la
" matière du désespoir ". Dans La Dame, elles n'apparaissent
pas spécialement liées à la chevelure défaite de Mary
(dans L'Odorat où elle pleure, sa chevelure est contrainte par sa
coiffe ; dans La Vue où ses yeux sont gros d'avoir tant pleuré,
sa chevelure est longue et libre).
lien
: Le fil, premier lien artificiel, est le
symbole de la destinée humaine. Il est lié au labyrinthe, au temps,
à la mort. Par antiphrase, le lien est devenu le symbole de l'union
heureuse et de l'amour : les fameux 'liens du mariage', les 'lacs d'amour' de
certaines tapisseries. Par le tissage de La Dame, Antoine Le Viste a
voulu se lier à Mary. Croisement désiré de la chaîne
et de la trame éternellement solidaires. Dans une relation étroite
avec la nature animale et végétale à travers la laine, la
soie et les teintures, le tissu présente son unité sans rupture,
'continue' la vie, prolonge la relation. Par le toucher, la palpation, Mary est
encore 'vivante' sous les doigts. Pliée en ondes successives ou roulée,
Mary se prêtait, inconsciemment bien sûr, à toutes les manipulations. "
La technologie des textiles
est dans son ensemble inductrice de pensées
unitaires, de rêveries du continu et de la nécessaire fusion des
contraires cosmiques " (p. 372). Il existe également dans l'art
du filage d'abord, par le mouvement même, circulaire du rouet, de la quenouille
; du tissage ensuite, par le rythme de passage (va et vient) alternatif de la
navette, une dimension érotique.
lion
: Dans La Terre et les rêveries du repos (José Corti,
1948), Gaston Bachelard (pages 62-63) oppose " une chimie de l'hostilité
" (qu'habitent loups et lions dévorateurs, vipères et chiens,
prouvant ainsi " l'animalisation des images en profondeur " et révélant
" une psychologie de la violence, de la cruauté, de l'agression ")
et une douce " chimie de l'affinité " et des Noces Chymiques
: " Tout au long de l'alchimie, on a l'impression que le bestiaire métallique
appelle le belluaire alchimiste." Le Goût et Le Toucher
(La Tente) montrent un lion ulcéré, aux dents sadiquement acérées,
lançant (je l'entends distinctement ! et vous ?) un cri mordant. A mes
yeux, il n'est pas le diable thériomorphe, mais François 1er et
Wolsey fort mécontents. Mais Mary, telle Circé (la magicienne, "
la drogueuse " aux " belles boucles " qui fréquente les
Enfers où Ulysse retrouve sa mère Anticlée), maîtrise
tout à la fois les chants, les loups et les lions (" Ils trouvent
dans un val, en un lieu découvert, la maison de Circé aux murs de
pierres lisses et, tout autour, changés en lions et en loups de montagne,
les hommes qu'en leur donnant sa drogue, avait ensorcelés la perfide déesse
", Homère, Odyssée).
loup
: Il est en Occident, de l'Antiquité
à nos jours encore, l'animal féroce par excellence. Comme le lion,
il peut représenter le diable sous la forme du loup-garou.
lune
: Les croissants de lune sont très nombreux dans La Dame.
Ils appartiennent certes aux armes de la famille Le Viste mais le peintre a su
exploiter leur présence avec un art consommé du symbolisme. Mary
n'est-elle pas elle-même lune quand sur sa robe du Toucher (La Tente)
se disséminent tant de minuscules croissants blancs ? La lune est depuis
les temps lointains " horloge et calendrier par excellence " : elle
est la première mesure du temps que les humains ont compté en suivant
ses diverses phases. Les croissants des hampes et des bannières rappellent
que cette phase lunaire était due dans certaines légendes à
la dévoration de la lune par le soleil 'léonin', cette "agression
thériomorphe du lion " que Le Goût et Le Toucher (La
Tente) évoquent. Car à la vérité, la lune,
liée depuis la nuit des temps à la mort et à la féminité,
et ainsi au symbolisme aquatique, " apparaît comme la grande épiphanie
dramatique du temps " (p. 111) contrairement au soleil qui ne change pas
d'aspect. La lune sera donc liée aux menstrues : faut-il voir dans cette
constellation de lunes minuscules de la robe du Toucher (La Tente) la venue
des règles sans qu'il y ait allusion à une féminité
néfaste et inquiétante, à une faute ? Selon Plutarque,
Pausanias et Dion Casius, le serpent, dont je signale la présence dans
le S de la devise, passait pour s'accoupler avec les femmes. Cette légende
est universelle. G. Durand relève que " la plupart des déesses
lunaires ou de la végétation ont une double sexualité : Artémis,
Attis, Adonis, Dionysos, divinités indiennes aussi bien qu'australiennes,
scandinaves ou chinoises ont une sexualité très variable. "
(p. 334) " La lune, non seulement est le premier mort, mais encore le
premier mort qui ressuscite. La lune est donc à la fois mesure du temps
et promesse explicite de l'éternel retour. " (p. 337) La lune est
à la fois " mort et renouvellement, obscurité et clarté,
promesse à travers et par les ténèbres et non plus recherche
ascétique de la purification, de la séparation " (G. Durand,
p. 338). Et pour le dire avec M. Eliade : " tout comme l'homme, la lune connaît
une histoire pathétique
La multiplicité des hiérophanies
lunaires
révèlent la vie qui se répète rythmiquement
: la lune est vivante et inépuisable dans sa propre régénération
" (Traité d'Histoire des religions, p. 142). Dans La
Dame, tout comme dans les légendes et les mythes, le " rythme
cyclique a un autre support symbolique que le support astronomique lunaire : c'est
le cycle naturel de la fructification et de la végétation saisonnière
" (p. 339). La 'graine' française enfouie au ventre de Mary et qui
n'a pas germé a promesse de fleurs et de fruits en terre anglaise, Antoine
et le peintre le savaient à l'heure de concevoir la tenture. D'où
à mon sens le calme et la lenteur qui rythment la suite des tapisseries
et leur message d'espoir. Certaines mythologies font part de la " désolation
de la déesse " devant la mort du fils qu'elle n'a pas causée
: Mary, dans Le Toucher (La Tente), pleure certainement de n'être
plus reine mais aussi je pense de n'avoir pas su ou pu engendrer ce Fils attendu
et dont elle dépose le 'corps mort' dans un coffre. Ce coffre n'est pas
de bois qui va germer une fois en terre (comme dans les légendes d'Osiris,
Attis, Adonis) mais en fer, annihilant toute espérance de dauphin français.
Dans Le Toucher (La Tente), 'l'aventure' française de Mary est bien
terminée mais toute " espérance résurrectionnelle "
est encore possible par l'entrée de Mary en tente-angle-terre anglaise.
Marie
: " Sur un ascétisme dualistique exacerbé dans lequel
l'enthousiasme, l'Eros divin, aboutit à l'amour de l'amour, à un
désir vide d'objet qui, par haine de la chair, se retrouve face à
face avec la mort, vient peu à peu se greffer une doctrine de l'amour qui
va euphémiser le contexte charnel et progressivement renverser les valeurs
ascétiques promulguées par les 'Parfaits'. Du 'fuir d'ici' platonicien
à l'Eros platonique et finalement à la courtoisie et au culte de
la Dame, le trajet psychique est connu. L'orthodoxie catholique elle-même
ne pourra pas rester en marge de cette 'révolution psychique' inaugurée
par l'hérésie [cathare au 12ème siècle] et finira
par habiliter le culte de la Vierge-Mère, le culte de la femme exorcisée
et sublimée " (pp. 220-221) Dans Le Toucher (La Tente),
Mary (que Pierre Gringore présentait lors de son entrée à
paris comme l'incarnation de la Vierge en ce distique final : Acquis avons, pour
nous nul n'en varie, / Marie au Ciel et Marie en la terre " campe devant
le pavillon largement ouvert comme la Vierge des Nativités occupait le
devant d'une grotte, d'une caverne ou d'une masure, images du ventre maternel. L'androgynat
de la 'Nature parfaite' se retrouve dans la contemporanéité historique
de la chevalerie aux comportements mâles et de la courtoisie, du culte de
la Dame et la mariolâtrie.
miroir
: Allez, n'ayons pas peur des mots : Dans La
Vue, Mary, sa quarantaine terminée, peut épouser Charles Brandon
car elle n'est pas enceinte. Ses règles sont venues annonçant aux
yeux de tous la fin de l'attente. Ses menstrues sont à l'image de sa longue
chevelure s'écoulant dans son dos. " L'eau " du miroir en est
aussi une métaphore, qui permet à la Licorne-Brandon, tel Narcisse
charmé se souriant, de prendre la place du roi défunt. Le peintre
a su magistralement convoquer en cette tapisserie de La Vue tous les éléments
associés à la féminité : les menstrues et les croissants
de lune, l'onde de la chevelure et du miroir. Dans cet univers essentiellement
féminin, le lion a perdu son apparence thériomorphe. musique
: Il nous est difficile d'imaginer que la scène de L'Ouïe
se déroule dans l'obscurité de Cluny que seules trouent les lueurs
de quelques bougies. Mais la tapisserie livre quand même son message : "
le symbolisme de la mélodie est, comme celui des couleurs, le thème
d'une régression vers les aspirations les plus primitives de la psyché
mais aussi le moyen d'exorciser et de réhabiliter par une sorte d'euphémisation
constante la substance même du temps. " (p. 256) La ronde des animaux
(onze, douze ?) tout autour de Mary mime le cycle du temps et du zodiaque et la
relation qui conjoint macrocosme et microcosme. Au centre de ce cercle, en son
foyer même, le ventre de Mary est métaphore du chaud et protecteur
foyer maternel dont Mary a été chassée très jeune.
Son chant est celui de son enfance, le rythme est celui qui la berçait
et la rassurait. Jeune femme feignant une grossesse, elle est redevenue enfant
au giron de l'obscurité et de la musique, en une douce et apaisante érotique.
nombre
: Les trois croissants de lune dans les armes des Le Viste peuvent rappeler
les trois phases du cycle lunaire si l'on confond les phases ascendante et descendante
ou si l'on omet 'la lune noire' (car en réalité la lune connaît
quatre phases) Si le chiffre 3 qui compte les croissants est un chiffre lunaire,
le chiffre 7 qui est le nombre de tapisseries de la série initiale est
un chiffre solaire issu " autour de l'antique sept planétaire ". Le
'nombre d'or', qui instaure l'équilibre dans le déséquilibre,
est partout présent dans La Dame : dans la composition elle-même
et dans la corne spiralée de la licorne.
il
: En mythologie et en psychanalyse, l'il ou le regard sont liés
à l'élévation et à la transcendance. Lisons-le comme
l'expression du Surmoi : il du Père (le chef de famille), du roi
(l'autorité politique), de Dieu (l'impératif moral). " La vision
est inductrice de clairvoyance et surtout de rectitude morale " écrit
Gilbert Durand page 171.
oiseau
: Les oiseaux de La Dame, essentiellement
le faucon et la héronne (mis à part le héron et la pie posés
sur le sol manquant de La Vue), volent haut au-dessus de Mary, prolongeant
ainsi la verticalité de sa posture debout. " L'imagination continue
sur la lancée posturale du corps
l'aile est déjà moyen
symbolique de purification rationnelle " écrit G. Durand (p.144).
Et plus loin : " les images ornithologique renvoient toutes au désir
dynamique d'élévation, de sublimation " pour souligner que
G. Bachelard (L'Air et les songes) " esquisse une ptéropsychologie
où convergent l'aile, l'élévation, la flèche, la pureté
et la lumière " (p.145), tous éléments que chaque tapisserie
de La Dame offre aux regards et à l'imagination. Pour de nombreuses
peuplades, le feu est isomorphe de l'oiseau. La colombe, le corbeau, le faucon,
le roitelet sont pyrogènes. Le feu est souvent assimilé à
la parole et au sommet. La tente de La Dame ne convoque-t-elle pas elle
aussi ces éléments ?
or
: L'or inaltérable fréquente
à la fois la pensée diurne en étant la couleur solaire et
céleste et la pensée nocturne comme " quintessence cachée,
trésor de l'intimité " (p.54). Certains trouveront osée
sa correspondance alchimique et psychanalytique avec les excréments liés
avec la digestion, dans le chaud athanor de l'estomac ou du laboratoire. Mais
à quelle fonction relier la lente descente des bijoux dans le coffret du
Toucher (La Tente) ? phallus
: Obsédé plus que de raison d'après certaines et
certains, je le devine à bien des endroits dans La Dame. Les
diverses cornes de la licorne en sont la métaphore. Dans Le Trône
1, Mary, selon George Sand, en tient une en chaque main, qui sont le sceptre
et la main de justice remis lors du sacre à Saint-Denis. Pour G. Durand,
ce sont " les attributs de la paternité, de la souveraineté
et de la virilité. C'est ce qui se produit en Occident pour le sceptre
qui surmonte son autoritaire verticalité d'une main de justice ou d'une
fleur de lys, attributs nettement phalliques " ajoutant : " Il semble
qu'il y ait glissement de la paternité juridique et sociale à la
paternité physiologique et confusion entre l'élévation et
l'érection. " (p. 153) Dans Pavie, je tiens la corne tenue
par la dame comme le " glaive d'or " lié à la notion de
justice tranchant entre le bien et le mal, renforçant l'allusion sexuelle
qui évoque la puissance saine.
Dans Le Toucher (La Tente), l'apparence
ithyphallique de Mary renvoie à l'hermaprodisme, à l'androgynie.
(Cf. entrée Fils). Ainsi cette statue de bois de deux mètres qui
vous accueille au Musée du quai Branly, statue androgyne de style Djennenke, peut-être pré-Dogon-Soninke,
créée au Mali au 10ème ou 11ème siècle. Statue
d'un roi-de-la-pluie ou de-la-paix et d'une reine-de-la-maternité, barbe
et seins réunis au même corps xylique, cinq ou six siècles
avant la Dame du Toucher (La Tente) ! Symbolise-t-elle le mode de succession
matrilinéaire qui existait au Sahara ? L'idée de la perfection et
de l'immortalité ?

roi : Je
le vois, comme il me voit, au fronton de la tente, dans cette anamorphose vincienne.
Ce roi est le vieux roi Louis XII, " fort antique et débile "
comme l'écrit Louise de Savoie dans son Journal à la date du 22
Septembre 1514. C'est le " Vieux Roi " des folklores, le " Roi
aveugle ou borgne " dont l'infirmité signale " l'aveuglement
" c'est à dire la perte de la raison et de l'intelligence. C'est l'il
qui symbolise l'inconscient. L'il royal de la tente rappelle que "
toute puissance souveraine est triple puissance : sacerdotale et magique [Louis
XII roi-prêtre, lieutenant de Dieu, guérit les écrouelles]
d'une part, juridique [la 'loi salique' : Mary doit s'effacer] de l'autre et enfin
militaire [la tente à l'aspect militaire, le coffret métallique].
" (p. 155) La devise qui est celle d'Antoine mais aussi du roi défunt
rappelle que la parole est l'homologue de la puissance et que la moitié
de la puissance royale consiste en la faculté de bien dire, à l'instar
d'Odhin, le dieu borgne, appelé parfois " le dieu du bien dire ".
Ecrite en lettres d'or, elle rappelle aussi que la parole est " isomorphe
dans de nombreuses cultures de la lumière et de la souveraineté
d'en-haut ". (p. 176) De plus, " il faut signaler une anastomose
possible du langage et de la sexualité. Souvent en effet le verbe est assimilé
au symbolisme du fils, ou par l'intermédiaire du symbolisme sexuel du feu,
au dieu du feu lui-même, Gibil assyrien ou simplement déesse masculinisée
comme Athéna. " (p. 176) serpent
: Il est " le plus important des symboles
de l'imagination humaine " et " sous les climats où ce reptile
n'existe pas, il est difficile pour l'inconscient de lui trouver un substitut
aussi valable, aussi plein de foisonnantes directions symboliques. " (p.
363) Il est le symbole triple : - de la transformation temporelle : il mue
tout en restant lui-même. Il est " également pour la conscience
mythique le grand symbole du cycle temporel, l'ouroboros " (le serpent s'avalant
lui-même) qui porte au paroxysme sa capacité d'avalage et qui, "
lieu de réunion cyclique des contraires, peut-être le prototype de
la roue zodiacale primitive, l'animal-mère du zodiaque ". Il est "
pour la plupart des cultures le doublet animal de la lune, car il disparaît
et reparaît au même rythme que l'astre et compteraient autant d'anneaux
que la lunaison compte de jours. " - de la fécondité : "
totalisante et hybride puisqu'il est à la fois animal féminin car
lunaire, et aussi parce que sa forme oblongue et son cheminement suggèrent
la virilité du pénis : la psychanalyse freudienne vient ici compléter
une fois de plus l'histoire des religions. " - de la pérennité
ancestrale : dans bien des légendes, il est l'ancêtre. " Vivant
sous terre, le serpent, non seulement recèle l'esprit des morts, mais encore
possède les secrets de la mort et du temps : maître de l'avenir comme
détenteur du passé, il est l'animal magicien ... il assume une mission
et devient le symbole de l'instant difficile d'une révélation ou
d'un mystère : le mystère de la mort vaincue par la promesse de
recommencement ... Il tient donc une place symboliquement positive dans le mythe
du héros vainqueur de la mort
il est au Bestiaire de la lune, l'animal
qui se rapproche du symbolisme cyclique du végétal. " (pp.
368-369)
spirale
: Liée au nombre d'or, logarithmique,
" elle possède cette remarquable propriété de croître
d'une manière terminale sans modifier la forme de la figure totale et d'être
ainsi permanence dans sa forme ", elle est le " glyphe universel de
la temporalité, de la permanence de l'être à travers les fluctuations
du changement " (p. 361). tisser
: Antoine Le Viste aurait pu se contenter
d'un portrait peint de Mary. Mais la commande d'une tenture de sept pièces
installe son désir dans la symbolique du devenir à laquelle sont
universellement liés les instruments et les réalisations du filage
et du tissage, eux-mêmes assujettis à la lune et à ses phases
par le rythme cyclique du rouet. Les Moires ou Parques, divinités lunaires,
tissent, nouent ou coupent les fils de nos vies. Chacune des tapisseries, trame
chaîne étroitement entrelacées, n'offrait aux regards d'Antoine
nulle déchirure mais une surface unie et rassurante. L'accrochage linéaire
des sept tapisseries originelles en son appartement ne montrait aucune discontinuité
ni rupture, recréant ainsi le lien qui s'était rompu par le départ
de Mary. L'histoire reprenait son cours, riche de possibles rêvés.
A la fois végétal (par les teintures) et animal (par la laine et
la soie), " Mary " était palpable, pliable en vagues, enroulable
à souhait. Ce que G. Durand écrit de la roue (et du cercle) peut
être repris par La Dame : " elle se révèle comme
archétype fondamentale de la victoire cyclique et ordonnée, de la
loi triomphante sur l'apparence aberrante et mouvementée du devenir. "
(p. 378)
zénith
: " les schèmes ascensionnels
s'accompagnent toujours de symboles lumineux, de symboles tels que l'auréole
ou l'il " (p. 42) soit dans Le Toucher (La Tente) : les lettres
d'or et les larmes (symboles lumineux), la couronne (l'auréole) liés
au symbolisme du soleil et l'anamorphose (l'il), tous ces éléments
condensant l'isomorphisme de la lumière et de l'élévation
et manifestant la transcendance politique, voire religieuse.
Je
clos cet index sur cette merveilleuse citation (p. 268) de Gilbert Durand que
je remercie de tout le plaisir qu'il me procure :
"
La femme - aquatique ou terrestre - nocturne aux parures multicolores réhabilite
la chair et son cortège de chevelures, de voiles et de miroirs. " |