LE PEINTRE

Jean Perréal dit Jehan de Paris

1455 ? - 1530

 

" Le chef-d'œuvre de cette poétique spéciale,
en ce genre de beauté chimérique et surréaliste,
de romanesque à l'état pur,
c'est (...) l'adorable tenture de La Dame à la licorne. "

Louis Gillet (1876-1943), Essais sur l'art français, 1938

 

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L'artiste qui a réalisé les maquettes des tapisseries de La Dame à la Licorne, même s'il a été dirigé par le commanditaire de l'œuvre dans le choix des sujets, en connaissait parfaitement la signification. Autrement, la réalisation de cette tenture eût été probablement impossible.

Il faut que l'artiste ait connu plus ou moins Mary d'Angleterre. Même si dans cette tenture on ne peut parler à proprement de portraits pour la représentation de la Dame et de sa suivante, l'exécution picturale qui en a été faite avant le tissage a exigé pour leur auteur une extrême connaissance de ces personnes.

Il en est de même pour les lions (voir la page lions et licornes). Il était impossible de leur donner la morphologie exacte sans avoir au moins rencontré une fois le personnage vivant ou avoir été mis en présence de son portrait.

Il était aussi nécessaire que cet artiste fût un homme discret, de confiance. Si Antoine Le Viste se donnait la peine de dissimuler de tels secrets dans des œuvres qu'il pouvait difficilement soustraire à la vue de ses proches ou d'un visiteur et sur lesquelles on pouvait s'interroger, il fallait entretenir une parfaite connivence avec l'auteur des maquettes. Cet artiste devait donc être très lié avec Antoine.

En outre, lui aussi avait dû éprouver quelques ressentiments personnels à l'encontre de la nouvelle branche royale régnante.

Parmi les artistes de ce temps qui auraient pu remplir ces obligations, il n'en est qu'un seul possible : Jean Perréal.

Jean Perréal était un peintre français de l'entourage royal. Il a été le peintre officiel de trois succesifs, Charles VIII, Louis XII et François Ier. Les maquettes de ces tapisseries sont incontestablement de la main d'un peintre français de l'entourage royal.

 

Jean Perréal, Portraits d'homme (Pierre Marin de la Chesnaye ?) et de femme (Jeanne Besse ?)
Le Louvre

Jean Perréal est né vers 1450-1455 et il est mort en 1529 (ancien style ?) selon Fortuné Rolle, ou en 1530 (nouveau style ?) selon Maurice Roy..

Les premières maquettes de La Dame à la Licorne ont été commencées treize ou quinze années avant sa mort, laps de temps grandement suffisant pour mener à bien cette entreprise. La tapisserie Pavie pouvait encore se trouver sur les métiers à tisser après sa mort.

Né en 1450, il aurait eu 65 ans en 1515 ; né en 1455, 50 ans ; né en 1460, 45 ans. Cet artiste correspond également exactement au créneau d'âge souhaitable pour être l'auteur de ce travail. Un homme jeune n'aurait peut-être pas accepté (et eût été moins digne de confiance de la part du commanditaire) le risque de gâcher son avenir en participant à une entreprise "subversive".

Placer sur les panneaux des orangers et des pins maritimes, avec des arbres de chez nous en bouquets isolés et distincts, vient de la peinture italienne. Les vêtements des Dames ont un caractère italianiste : le peintre a visité l'Italie où il a connu Léonard de Vinci, Michel-Ange, Sandro Botticelli et tant d'autres artistes. Jean Perréal a fait trois voyages en Italie avec les armées de Charles VIII et de Louis XII.

Jean Perréal connaissait bien Mary d'Angleterre. En 1514, il avait été envoyé outre-Manche pour en faire le portrait afin que Louis XII connût sa future épouse ; il aide aux préparatifs du mariage en s'occupant de la garde-robe de Mary. Il retourne à Londres faire le portrait d'Henry VIII et celui-ci voulait se l'attacher comme il fit plus tard pour le peintre Holbein.

attribué à Jean Perréal
Paris, Musée des Arts décoratifs

Il aida à organiser les fêtes du mariage de Mary et de Louis XII. Toutes les fleurettes des fonds de panneaux ont leurs tiges non coupées mais arrachées, détail qui révèle que le peintre était un organisateur des entrées des villes. A l'entrée des souverains ou des gens très importants dans les villes, on jetait sur le sol des fleurs ou des petits branchages qu'on dédoublait à la main en séparant les tiges les unes des autres.

 

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La seconde partie du site indique diverses hypothèses quant à l'origine de ce nom de Perréal.

 

Si le P barré (dernière lettre de la devise au fronton de la tente) signifie en paléographie les syllabes "par" ou "per", soit la première syllabe de "Perreal", mon ami Howard Comeau de New York qui étudie La Chasse à la licorne des Cloisters et moi-même pensons avoir retrouvé d'autres "signatures" possibles de Jean Perréal dans ces deux tentures qui expliqueraient l'origine de ce nom.

Le "perro real" (chien royal en espagnol) ("figure de bord de scène") nous regarde à travers les corne du cerf, attribut de certains rois.

Le cerf à partir du XVe siècle devient un élément important de l'emblématique royale française. Le roi Charles VI fait du cerf ailé (ou "cerf volant") son emblème de prédilection.

Ses successeurs, Charles VII et Louis XII, ainsi que les ducs de Bourbon, le reprennent à leur compte comme support de leurs armes. à la même époque que Charles VI, le roi d'Angleterre, Richard II, adopte pour badge le cerf blanc reposant sur une terrasse herbue.

Miniature illustrant le poème écrit
en 1516 par Jean Perréal et dédié à François 1er
"La Complainte de Nature à l'Alchimiste errant"

Paris - Musée Marmottan

(voir les pages Jean Perréal 1 et Jean Perréal 2 de la version longue)

 

Jean Perréal sous les traits de l'Alchimiste ?